Facemouk : bienvenue dans le pire endroit des Internets

Facemouk : bienvenue dans le pire endroit des Internets


14 ans. J'étais une petite meskine, le gras du paquet de chips contre le doigt, doigt qui grattait ma gueule composée de boutons, sébum et écarteurs. Le tout surmontait une opulente poitrine trop pressée de pousser. J'étais un petit tas de désolation dans un bus bondé de banlieue en direction du collège-lycée, je participais à mon échelle à l'unisson olfactif de cette magnifique foule mécontente et odorante. Entre un bras et une aisselle, j'apercevais de ma place les mecs du fond du bus, les insolents héros de leurs propres aventures. Les cons de la mienne. Entre fascination et dégoût, je commençais à sentir les poils se dresser sur mes bras potelés, frissons de honte. Bouteille de cola éventé à la main, morceaux de musique de trente secondes repassés en boucle, mollards, douceurs verbales à l'égard des autres... Je touchais du regard ces stars.

Aujourd'hui ces petits chenapans ont tous un compte Facebook et, comme le pauvre type devant lequel un micro est tendu aléatoirement par un mauvais rappeur de MJC, la parole donnée n'est pas saisie forcément par ceux qui ont le plus de choses à dire. Jusque là, rien de plus qu'un coup dans une porte enfoncée. Puis un jour, on me parle de Facemouk. Une porte secrète dérobée, droit vers une place toute chaude sur la banquette à gogoles. Un réseau social dans le réseau social et, pour finir ma métaphore filée pétée, je dirais que nous sommes à peu près situés dans le cyberfond du bus.

Invitation envoyée, invitation acceptée, premières notifications. C'est là que commence une expérience déroutante.

Historique : Facemouk, c'est d'abord un groupe public regroupant des membres fiers de leurs origines algériennes, marocaines ou tunisiennes, une sorte de Facebook spécifique à une communauté, avec ses codes, son langage mêlant français et arabe, quelques mots sur le Coran. Jusque là, rien de bien fou. Puis un beau jour de 2014, suite aux bombardements sur la bande de Gaza, la toile s'emporte, un débat - qu'on imagine très constructif - s'enflamme. Où se situe la Palestine ? Apparemment, entre une vidéo d'éclatage de bouton et un meme à teneur clairement misogyne. Le verdict tombe, Facebook tue Facemouk. Tel le phoenix, Facemouk renaît de ses cendres. Pour l'anecdote, le 14 Novembre 2015, Facemouk devient un groupe "fermé".

Mais reparlons d'aujourd'hui.

Les campagnes de montages anti-métissage côtoient les sourates et les messages de gros costauds en manque de kebab, de masturbation ou de bagarre, viennent offrir une ponctuation comique aux nombreux questionnements tels que :
 

"Si ta femme est en pleine prière, et que tu apprends tout juste qu'elle t'a trompé, tu attends qu'elle ait fini sa prière pour la déboîter ou tu lui fous direct un crochet du droit ?"


Les horreurs se font voler la vedette par de petits posts tout en légèreté. C'est ainsi que notre ami se demande comment les parents ont fait pour se rencontrer car ils ne sortaient jamais dans les chichas ni à Zara. Ratio touchance/mignonnerie atteint. Réponse est donnée :

 

"Mais les hlels en 2016 sa existe plus tout le monde le sait très bien kil va finir avec une pute déguiser en hlel"

 

Mon émotion tombe comme une grosse érection au contact d'une photo de Jackie Sardou.

Puis d'un coup, cette terrible vérité. Je scrolle depuis bientôt une heure, lisant chaque post, me dessinant chaque personnage et me rendant compte que je n'arrive pas à remonter le temps, ni à compter le nombre de membres actifs. 234 000 personnes, comme si Bordeaux tout entier se grattait les couilles en savourant un sandwich américain.

Pour autant, aucune conversation. Aucun dialogue qui ne finit pas par "pute" ou "nik ta mere". Ainsi, plus d'un cinquième de millions de personnes se donne rendez-vous et pour autant ce sont 234 000 solitudes qui se confrontent. Ce malaise que Facemouk héberge est transposable à l'infini dans toutes les communautés du monde. Il est malheureusement souvent le centre d'attention de la crise identitaire de la fachosphère, partageant pourtant le même niveau de gogolitude. Les enfants, qu'y a-t-il de plus beau que l'ouverture et le partage ? Allez, suivez-moi, on écoutera 1,2,3 SOLEILS en allant voter H2L.

 

LinkedIn, l'antre de la gogolerie cordiale

LinkedIn, l'antre de la gogolerie cordiale

 

En recherche passive d'un nouveau poste me permettant d'être rémunéré à zoner sur les Internets, j'ai entrepris la pénible tâche de me créer un compte LinkedIn. Ce fut pour moi l'occasion de découvrir une autre dimension mêlant langage frenglish et imagerie fotolia où chaque salarié se révèle être un caucasien libéral aimant lever le pouce pour aucune raison apparente.

Dans l'exotisme de cette planète constituée de robots souriant à l'idée d'évoquer entre eux le sujet de la performance normative de leur activité trimestrielle, l'on fait face à un panel de joyeux champions (que je me suis empressé de troller à l'aide de ces incroyables montages) :
 

Les chercheurs d'emploi souhaitant maladroitement se démarquer de la plèbe 

 


Les mecs qui ont pris un peu trop confiance
 


Les éternels enfonceurs de portes ouvertes
 

 

Les larbins du réel devenant des losers du virtuel
 


Les leveurs de bras

 

 

 

 

Les putaclics corporates
 

 

Les mecs qui connaissent pas bien leur produit
 

 

"Jamais leur servir de bullshit". LOL !
 


 

Les grands penseurs
 




Tellement de gagnants à photoshoper que j'en oublie de chercher un emploi. Définitivement LinkedIn, tu es le Skyblog du trentenaire votant Fillon.
 

Merci Val et Chloé pour les montages <3

Mongolisons toujours plus Internet avec le sondage live Facebook

Mongolisons toujours plus Internet avec le sondage live Facebook


Dans l’optique de nous faire rester toujours un peu plus sur la plateforme et de concurrencer Periscope, Facebook, qui aime monnayer nos données aux annonceurs (même si ça mène à du ciblage racial), vient de tendre son nouveau hochet à une classe d’e-segpa.

Facebook Live permet à chacun de réaliser un direct vidéo sur Facebook à partir de la prise de vue d’un mobile. Les utilisateurs l’ont jusque-là mollement utilisé. On les comprend. Sur Facebook, on discute, poste ce qu’il nous plaît, et on peut garder contact avec la plupart des personnes qui ont plus ou moins compté à un moment de notre existence tout en rotant notre Stella dans le canapé. Or le Live ne permet pas de segmenter aisément ses conneries, ce qu’une photo peut faire. Qui a envie que maman nous voie poser notre teub sur la joue de cette conne de Jess qui a eu le tort de s’endormir à la dernière soirée Erasmus ? Ma mère en aurait envie, mais ça, c’est parce que Jess est ma cousine et maman a peu de nouvelles depuis qu’on est partis de Roubaix pour les études. Mais on s’éloigne.

Grosso modo, si Mojito fouette la faune des chichas avec sa ceinture Gucci du marché sur Snapchat, c’est parce qu’il agit sous pseudonyme (ce que Facebook essaie d’évacuer de sa plateforme), et que sa mère cherche encore comment télécharger une application.
 

Le mall Facebook ou l’agora Mc Donald


Facebook est devenu un lieu de sociabilité aussi épanouissant qu'un jour chômé passé au centre commercial.

Facebook est un hub, et c’est une banalité de le dire. Sur le fil d’actualité, chaque nouvelle fonctionnalité agrégée (événement, score des fchs, météo…) permet de prolonger le temps passé sur le réseau social. Non content de brider les pérégrinations sur le web qui nourrissent notre champ des possibles et nous font découvrir des sites culturels dissidents comme Efukt, cet agrégat sert surtout à augmenter la rétention de l’utilisateur sur la plateforme.

Facebook Live en tant que nouvelle “feature” est pourtant autant utilisé par Jean-tout-le-monde que le lavage de mains en sortant des chiottes. Par contre, il sert massivement aux marques pour se construire et toujours plus “engager” leur communauté (on peut en discuter des 1M de génies qui suivent la Vache qui Rit sur Facebook?). Toujours plus de collecte de data pour vous manger un bon vieux retargeting des familles par des sites douteux parce que vous avez posé quelques likes sur des loches grotesquement imposantes sur Instagram.

Non contentes de nous proposer un contenu merdique, les marques ont désormais Facebook Live pour venir nous parasiter entre deux mails au travail.

Facebook baisse la portée des publications non payées et valorise celles qui sont directement intégrées sur sa plateforme (coucou MinuteBuzz). Le Live intervient dans cette logique de clé de bras steven seagalesque pour faire en sorte que les marques crachent au bassinet.

On a récemment parlé de l’algorithme de Facebook qui nous enferme dans une bulle, nous mettant des œillères déterminées par notre capital culturel et qui aurait favorisé l’élection de Donald Trump.

Couplé avec son algorithme, le Live qui a pour optique de faire de Facebook un média vidéo, une nouvelle télé, ramène chacun à la hauteur de ses likes antérieurs. Pas de chance si t’es un cul-terreux, t’auras le droit à du Facebook Live KFC et ton pote Kevin Dupont qui broadcast le concours de roue avant devant La Foir'Fouille.
 

Community Manager, le lecteur de 9gag à l’ego d’énarque
 

Les CM sont les nouvelles stars des réseaux sociaux...pour les étudiants en comm, les stagiaires et le zozo qui suivent Burger King sur Twitter. Cette sous-race qui a payé 6K€ pour 6 mois de cours et 6 mois de stage pour refaire la stratégie Coca chaque année trouve génial le Live et tiendra des propos tel que : “cette nouvelle feature colle aux nouveaux usages et doit être intégrée dans notre stratégie outbound marketing, car c’est un nouvel outil pour notre content marketing”. On en est là.

Échantillon de créativité de la fonctionnalité :
 


Faisons confiance à Facebook, le meilleur arrive. Pensez à vous mouiller la nuque.

Facebook va bannir les informations mensongères, annonce Zuckerberg tout en présentant son enfant reptilien

Facebook va bannir les informations mensongères, annonce Zuckerberg tout en présentant son enfant reptilien

 

Couper les vivres publicitaires aux menteurs : c'est en substance le message transmis par Facebook mardi 15 novembre dernier lors d'une conférence de soutien à Donald Trump. Pour sévir contre l'intox polluant le réseau social, Mark Zuckerberg a annoncé qu'il taperait là où ça fait mal : au porte-monnaie. Il souhaite ainsi retirer ces sites de la régie publicitaire du géant de la toile afin de :

 

"Make Facebook great again" (rendre facebook bien de nouveau)



Mark en a profité également pour se féliciter de la victoire de Donald Trump tout en s'engageant à priver de publicités les applications ou les sites dont le contenu est trompeur ou fallacieux. Il a ainsi affirmé :

 

"We are going to build a firewall" (nous allons construire un pare-feu)


Très remonté par ces sites de désinformation, il a précisé qu'il souhaitait "attraper ces sites par la chatte" avant d'aller serrer la main de Donald Trump et de rappeler que Facebook était le réseau social de toute l'Amérique. Il a conclu la conférence, accompagné d'Harambe, en présentant la naissance de son enfant reptilien.

 

Source - Merci Benjamin & Nicolas

Le pedal pumping ou le fétichisme des femmes appuyant sur une pédale de voiture

Le pedal pumping ou le fétichisme des femmes appuyant sur une pédale de voiture


N'ayant pas de véritable emploi, je passe le plus clair de mon temps à fouiller les Internets. Mes recherches tournent généralement autour de deux axes : la stupidité (enfin, les complotistes quoi) et les fétichismes étranges. Concernant cette pratique, l'imagination des canailles pratiquant une sexualité sortant des normes est sans limite. Croûtenards, mécanophiles, man babies, sploshers, hard crushers, doorknob lickers, lécheurs de chaussures, fétichistes des Air Max, loonersmaiesiophilia, gonfleurssmegma lickers, sport socks lover... Tout ce qui nous entoure est sujet à une masturbation frénétique et, merci au Dieu de la télécommunication et des réseaux informatiques, tout ce qui est sujet à une masturbation frénétique trouve sa place sur Internet (règle numéro 36 de la toile : "no matter what it is, it is somebody's fetish").

En matière de fétichisme, les adorateurs des pieds sont, de loin, mes chouchous. Pour quelle raison ? Tout simplement car les dérivés de cette pratique sont infinis et généralement assez cocasses. On trouve ainsi des amoureux de foot tickling (chatouillage de pieds), de food crushing (écraser des aliments avec ses pieds), des arts martiaux (car pratiqués pieds nus), de ball busting (écrasage de couilles - une autre forme du trampling soit la pratique consistant à piétiner son partenaire), de sandaljob (un équivalent du footjob mais avec des sandales, une pratique consistant à se faire masturber par les pieds de son compagnon de jeu)... La liste est infinie.

Le sous-genre de foot fetish le plus fun à mes yeux reste le pedal pumping. Qu'est-ce donc ? Il s'agit tout simplement de personnes excitées par des femmes conduisant des véhicules et posant les pieds (nus ou avec des talons) sur des pédales de frein et d'accélérateur dudit véhicule (très souvent une voiture, parfois une moto). On trouve pléthore de sites spécialisés en la matière, tous bien oldschools, comme pedal-lady, pedal vamp, pumpthatpedal et carstuckgirls - pour ne citer qu'eux. Le pedal pumping comprend trois grandes catégories : 

- le revving : une femme fait chauffer le moteur de sa voiture au point mort, 
- le cranking : la personne aux commandes de la voiture essaye (plus ou moins rapidement et de nombreuses fois sans y arriver) de démarrer un véhicule,
- le driving : on observe les pieds et jambes de quelqu'un conduisant un engin motorisé, si cette personne conduit très sportivement en enfonçant sa pédale jusqu'au plancher on parle de flooring.

Evidemment ces catégories se mélangent et donnent naissance à d'autres sous-catégories, comme par exemple le cold start. Vous êtes perdus ? Rassurez-vous, il existe une communauté française de fétichistes de pedal pumping, vous pouvez la retrouver sur le forum très actif fetish'pieds. Elle saura vous guider dans votre recherche d'une sexualité exotique.

 

Africa24.info, boss de fin des sites de buzz

Africa24.info, boss de fin des sites de buzz


Étant moins aventureux qu'autrefois, se perdre sur Internet signifie la plupart du temps pour moi se perdre sur Facebook. Naviguer de page en page en suivant les suggestions peut parfois amener à de vraies bonnes trouvailles. C'est ainsi que par un bel après-midi de septembre, un post a attiré mon attention :

 

 

J'ai d'abord pensé avoir affaire à un énième Gorafi-like suivant la première règle d'Internet : pas besoin d'avoir des idées, il suffit de copier ceux qui ont du succès. Étant quand même piqué dans ma curiosité, je leur ai donné mon clic. Le site est assez bien fait, n'agresse pas l'œil par des polices ou des couleurs insupportables. Mais l'article… Pour vous résumer rapidement le délire, c'est l'histoire d'un mec qui met enceinte la fille d'un marabout et qui ne l'assume pas. Le marabout se venge en lui mettant le bébé dans le bidon. Au-delà de la crédibilité toute relative de cette histoire, le style d'écriture et l'orthographe sont assez approximatifs. Morceaux choisis :

 

 

Cela m'a troublé dans mes convictions. Était-ce vraiment "pour rire" ? Le problème, c'est que quelques-uns de leurs articles sont basés sur des faits réels (la fille d'Obama se faisant serrer avec un joint, le taux de pauvreté en France). Ça leur donne un peu de crédibilité j'imagine. 

J'ai donc poursuivi mon investigation (comprendre "scrollé leur page Facebook") pour voir quels autres articles étaient publiés. La magie a alors opéré. Ce site est Satan. Il est une combinaison de tous les pires sites de buzz, un alignement des planètes de putaclic, il est le megadarkzord du clicbait. On y trouve des titres aguicheurs, des articles "d'investigation" à la Buzzfil ou Féroce ou encore du bon vieux contenu complotiste. Mais là où ça devient carrément difficile de les suivre, c’est quand ils parlent de religion voire de magie.

 

 

 

 

Ce qui les différencie de la concurrence est leur décomplexion totale. Ainsi, il y a quelques mois, ils ont répondu aux critiques qui leur étaient régulièrement faites en expliquant leur ligne éditoriale. C'est là, c'est pour vous :

 

 

Ça a le mérite d'être clair. Chez Africa24.info, on n’a pas le temps de niaiser, on a l’esprit ailleurs.