Yi Sun-sin : quand la Corée produit autre chose que de la K-Pop

Yi Sun-sin : quand la Corée produit autre chose que de la K-Pop
AUTEUR

Renardo

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Le

Pur produit coréen de l'an 1545, Yi Sun-Sin a la chance de naître dans une Corée pas trop dégueulasse. Cette dernière était souvent tenue dans les serres de la Chine et/ou du Japon mais ces deux pays ont dû lâcher du lest à cause d'embrouilles et intrigues politiques intérieures. Avant d'aller faire chier le voisin, faut-il encore ordonner sa maison. Ainsi la Corée s'emploie à fortifier son administration et sa puissance. Son propre alphabet a vu le jour au XVème siècle par le soutien du Roi Sejong le Grand, selon Louis-Jean Calvet, linguiste français, l'hangeul est sûrement le meilleur alphabet du monde de par l'exactitude de sa phonologie. Les coréens développent donc un fort sentiment national depuis plus d'un siècle, et ils ont de moins en moins envie que des étrangers dictent leurs vies.

 

"simple fonctionnaire au début de sa vie, il entre dans les armes à trente et un ans"

 

C'est avec ce nationalisme puissant et de cette administration calibrée que la vie de Yi Sun Sin sera déterminée : simple fonctionnaire au début de sa vie, il entre dans les armes à trente et un ans. C'est là que sa destinée prend forme. S'il passe quelques années à se taper dessus avec les nomades de Sibérie qui viennent faire des frictions aux frontières Nord du pays, il devient surtout Amiral en 1591 dans le Sud. Fortifiant alors toute la zone côtière en cas d'attaques de pirates japonais. C'était plutôt une bonne idée puisque les japonais décident d'envahir la Corée en Avril 1592. il faut dire que les nippons sont enfin sortis des guerres de clans avec Oda Nobunaga (chef de clan du même nom), puis de Toyotomi Hideyoshi, bien déterminé à mettre maintenant la Chine à genoux, en commençant par la Corée.

Mais Yi Sun-Sin n'est pas un lapin de six semaines : il fait du Sandino/Guevara/Ho-Chi-Minh avant l'heure en attaquant les lignes de communication japonaises et en cassant les ravitaillements. Les japonais sont bien emmerdés, surtout que l'amiral remporte les grosses batailles de Tang'Po et d'Hansan entre 1592/1593, où il en profite, en deux temps trois mouvements, pour :

- Décapiter l'amiral japonais Kurushima Michiyuki, pour orner le mât de son bateau.
- Récupérer dans le navire amiral du défunt un éventail d'or, offert par le leader Toyotomi Hideyoshi en personne.
- Détruire soixante-treize navires et envoyer par le fond plus de dix milles marins nippons en deux escarmouches.
- Perdre moins d'une trentaine de types sur les deux batailles (en comptant les blessés dedans).
- Mettre en PLS les Japonais.

 

 

A partir de là, Toyotomi Hideyoshi abandonne l'idée d'envahir la Chine, et décide de mettre toutes ses forces sur la Corée, histoire de pas perdre la face pour rien. Fort de ses batailles, Yi Sun-Sin se fait aduler par mal de monde, vu comme un dieu de la guerre par les japonais, il devient le frontman guerrier coréen. Tout cela lui attire finalement pas mal d'emmerdes puisqu'il se retrouve accusé de trahison par des courtisans du roi jaloux de sa bogossitude. Enchaîné, prisonnier et torturé, puis libéré (délivré), et rétrogradé au rang de simple soldat , Yi Sun-Sin n'en mène pas large en 1596.

Mais alors que la guerre s'était calmée depuis 1593, les japonais décident de s'énerver à nouveau et posent une grande claque dans la tronche de Won Gyun, le nouvel amiral coréen. En Juin 1597, à la bataille de Chilchonryang, sur les cent soixante-neuf navires coréens, treize s'en sortent. Et en plus Won Gyun meurt. Du coup le roi coréen se dit qu'en fait, Yi Sun-Sin était pas un si mauvais élément que ça, il lui redonne alors son poste d'amiral commandant. Pas rancunier pour un sou, le Yi se prépare à attaquer une flotte de plus de 333 navires japonais contre ses treize bateaux. Autant vous dire que c'est une sacrée galère.

C'est là que le génie rentre en scène : sachant que les Japonais sont enhardis par la précédente victoire, ces derniers s'engagent de manière téméraire dans le détroit de Myong-Yang où Sun-Sin détient un allié de taille - le courant marin. Les Japonais sont d'abord confiants, le courant est favorable, tout va bien. Ils s'approchent en masse des bateaux coréens qui doivent défendre l'étroit détroit. Maintenant à portée, les Coréens utilisent une technique de double salve. Soudain, une grande panique s'installe parmi les Japonais, le courant s'inverse. Yi Sun-Sin le savait, les courants marins dans cette zone s'inversent en permanence, c'est le début de la fin pour son adversaire.

 

"Sur les 333 navires japonais, 31 sont coulés, 92 sont en piteux état. Entre 8000 à 12 000 marins japonais sont morts ou blessés"

 

Imaginez : des centaines de gros bateaux de bois et de métal se rentrent dedans en même temps à des vitesses folles. Ils sont pris dans le feu de l'artillerie coréenne, empalant, mutilant, déchiquetant les marins japonais hurlant sur place. C'est Verdun avant l'heure. Ces pauvres marins japonais se vident de peur sur les ponts, pris dans une sorte de tornade maritime où la vitesse d'inertie rend les bateaux plus rapides que des montagnes russes et où le choc des bateaux entrant en collision peut vous défaire la nuque sur place. Les quelques survivants sont éjectés des bateaux en décomposition, s'ils touchent l'eau, ils sont morts. Il est impossible de sortir des courants marins de la zone. L'amiral japonais Kuruchima Mifusa meurt noyé dans ce marasme d'eau, de bois et de cadavres. Repêché par Yi Sun-Sin, il est décapité à son tour. Sa tête repose alors sur la mât du navire amiral coréen. Ironie cinglante, son amiral de frère dont on a parlé précédemment a connu le même sort en 1593.

Sur les trois cents trente-trois navires japonais, trente et un sont coulés, quatre-vingt douze sont en piteux état. Entre 8 000 à 12 000 marins japonais sont morts ou blessés. D'autres sources font part d'environ 20 000 morts côté japonais. Yi Sun-Sin pour sa part n'a perdu que deux hommes.

L'amiral coréen meurt au combat le 16 Décembre 1598 en tentant de réduire à néant le reste de la flotte japonaise installée dans le détroit de No-Ryang. La légende raconte qu'il aurait été mortellement touché d'une balle perdue durant la bataille, ses dernières demandes auraient été alors que l'on cache sa mort à ses guerriers pour ne pas qu'ils perdent confiance. Certains historiens disent même que l'un de ses fils aurait endossé son armure pour faire croire à tout le monde qu'il était encore en vie. De cette bataille, seulement sept navires japonais sur les 333 de base, rentrent à la maison. Les deux Corées modernes exploitent le mythe de Chungmu (nom posthume donné à Yi), héros national, des statues de l'homme de la mer sont visibles partout dans les deux pays rivaux.

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