Affronter l'Homo Bagnolicus - l'homme qui confond ses couilles avec ses pneus - quand on est cycliste

Affronter l'Homo Bagnolicus - l'homme qui confond ses couilles avec ses pneus - quand on est cycliste

En l'an de grâce 2017 se trame dans le creux de nos villes une bataille sournoise et sanglante. Invisible aux yeux de nombre d'entre nous, elle est pourtant centrale car elle remet en question la place de la testostérone sur l'asphalte public et humide de nos centres-villes. Les belligérants ne sont pas nouveaux. À ma gauche, le camp des motorisés : Alexandre, Clara, Maxime, on s'en branle, une personne lambda au volant d'une bagnole quoi. À ma droite, le camp des cyclistes, potentiellement les mêmes personnes mais qui n'ont pas une structure métallique pour se cacher se protéger.

Maintenant que les deux teams sont présentées, sortez les gants carbonés, les casques et les Leds, voici le récit de cet incroyable conflit déraisonné. Mais d'abord un petit mot sur le pourquoi de ce récit.

Je viens de la campagne. Là-bas, adolescent, je faisais tranquillement mon bain de boue du dimanche matin avec mon byclou et mes camarades de souffrance. C'était l'amour fraternel, les pédales, les moule-bite et le lubrifiant vélo. La petite mousse pré-repas dominical pour désaltérer les muscles et se faire des blagues de cul avec les quarantenaires. Reprenant pas mal des codes du vélo de compèt' et de la bagnole, c'était aussi beaucoup de second degré et de mécanique, de qui aura le plus beau vélo et les plus grosses couisses (comme dans les magazines).

La route n'est alors à personne puisque par définition il n'y a personne. Les voitures la craignent même puisqu'elles n'hésitent pas à finir dans le fossé le samedi-soir. Les seuls événements majeurs sont :

- La Daihatsu qui te double en ne rayant au passage que ton égo juvénile.
- La course effrénée avec les voitures sans permis où tes poumons se gorgent de sang.
- Le doberman du voisin qui ne raisonne pas vegan en voyant ton petit cul en danseuse.

Mais voilà, le game n'est pas le même à la campagne qu'en ville. La ville c'est la jungle. Ça l'est déjà parce que la voiture rend l'homme con, c'est un fait. Englué dans son embouteillage du vendredi soir dont il se plaint alors qu'il en fait partie (antisocial toussa toussa), l'automobiliste a décidé que son destin moisi qu'il subit en pleine conscience doit être partagé avec ses congénères. Les mecs sont en l'espèce principalement ceux qui oublient le plus facilement leur petite condition existentielle de merde du simple fait d'avoir un « bolide » (comprendre une Golf, voire pire, une Clio). Ils sont obligés d'être les premiers et ne pourront pas supporter qu'un vélo les double.
 


C'est particulièrement manifeste sur les lignes droites. Je suis à vélo, mon petit 30 km/h dans les mollets, la circulation n'est pas fluide, parfait pour doubler nos amis automobilistes dont je respire avec joie les particules fines. Dans 80 % des cas, inconsciemment ou consciemment d'ailleurs, le conducteur que je suis entrain de doubler va appuyer sur le champignon pour ne pas se faire doubler par un vélo, alors que le feu 100 mètres plus loin vient de passer au rouge. POURQUOI TU FAIS ÇA ENFOIRÉ ? Surtout qu'il est avéré que le vélo va plus vite que n'importe quel autre moyen de locomotion en ville, tu as déjà perdu la course... C'est donc dire que tu préfères, quand la circulation est un peu plus saturée, risquer la vie d'un cycliste plutôt que ton pseudo honneur de véhiculé. C'est bien. Le pendant est que je préfère mon cadre à ton rétro et que je suis encore assez agile pour lever le pied au passage. Ce dernier point étant surtout vrai pour ceux qui se garent sur les pistes cyclables. L'excuse immanquable de l'automobiliste étant d'ailleurs « je peux pas faire autrement », mais surtout les best-sellers « j'ai mis mes warnings connard » et « il y en a qui bossent ». Dans tous les cas, le rétro a grande chance d'y passer. Surtout que tu peux difficilement rattraper un vélo quand tu es dans un bouchon. DARWIN MON POTE, mais bon vu que tu es le seul qui bosse et paye des impôts dans ce pays, tu pourras toujours repayer ton rétro hein.

Sitting Bull vous le dirait : 
 

« Violence n'engendre que violence et le cuir de bison c'est pas pour les BMW ».


Mais, à l'instar du chef des Siouxplaitunepiècemissieur, la résistance s'organise face à la connerie de l'homme blanc qui a bétonné son Manhattan et continue à éructer en consommant de l'énergie fossile tout en faisant un 10 km/h de moyenne en centre ville dans sa caisse à 30 000 balles. Bolosss. Le progrès est en marche mais certains ont décidé qu'il se ferait à deux roues et sans affreux bruit de moustiques ni de casques qu'un soldat de la Wermacht renierait pour son apparent manque de design, shé.
On trouve donc de parfaits groupes Facebook qui militent pour que le vélo prenne toute sa place en ville, et pour faire chier les automobilistes qui nous le rendent bien. On trouve Cinquante euros, le casse couille roulant , un peu vénère mais qui s'explique bien. Les pages FB des Blaireaux, dont notamment celle très belle de Rennes, sont l'équivalent pédagogique de « mes premières découvertes » version bagnoles. Oui Michel, te garer en plein milieu d'un virage sur un trottoir sans visibilité, c'est risquer qu'un collègue shoot le pauvre piéton qui n'aura pas eu le courage de marquer ton pare-brise de ses semelles. Parce qu'au final, les cyclistes ne sont pas les plus touchés. En 2014, 159 ont perdu la vie dont une majorité en rase campagne. Notamment quand ils ont fait la rencontre inoubliable avec un poids lourd. Mais bon, c'est quand même en ville que se développe le plus la pratique du vélo. Ce qui engendre cette guerre sans merci.

Ce sujet est plus important qu'on ne le croit vu le nombre de cyclistes qui sont shootés en ville chaque année. Le très bon film Bikes Vs Cars résume toutes ses victimes de la grosse bagnole qui tue, Mesdames et Messieurs, ce qu'avaient déjà anticipé les Monty Python dans leur sketch Killer Cars en 1970. À l'heure où les débats s'enflamment concernant la conquête du vélo à Paris, il serait temps que nombre de rageux dépensent leur énergie sur une selle plutôt que sur leur clavier. Tous pédales mais avec un cul du tonnerre.

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