La vaporwave c'est qui c'est quoi ?

La vaporwave c'est qui c'est quoi ?
AUTEUR

Renardo

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Le

Si les styles musicaux terminant en -wave sont nombreux (lire ici mon article sur la synthwave), laissez-moi vous présenter un genre qui fleurit tranquillement sur les Internets : la vaporwave. Ce micro-courant musical a émergé dans le courant des années 2010, si l'en on croit le Chigaco Reader, avec la sortie de l'album New Dreams LTD de Laserdisc Visions. La vaporwave a pour origine les bas-fonds de Tumblr, comme le Seapunk, autre genre apprécié de la tribu. Le délire se veut être un mix bricolé à l'ordinateur de samples de lounge, blues, musique d'ascenseur et plein d'autres trucs sonnant « chill-retro 80's » (j'avoue avoir un peu honte de cette phrase). Collé à cette instru où Patrick Ewing courait encore après une couronne inaccessible, s'ajoutent souvent des voix trafiquées à l'excès. Ecco Jam de Chuck Person illustre parfaitement mon propos, Chuck étant l'un des précurseurs de la vaporwave. Cette dernière touche à tous les genres pour mieux les détourner : new-age, rock prog (Pink Floyd, au hasard), expérimental à la Brian Eno...

Je viens de définir le son, passons à l'univers. Les illustrations et clips se veulent à l'image du genre : coincés dans les années 1980/1990/2000. On notera comme références récurrentes :

- Les pantalons fluos et autres vestes aux motifs exceptionnels influencés par Parker Lewis (on ne t'oublie pas petit ange). 
- Les couleurs criardes.
- Les biens de consommation obsolètes (VHS, vieux MAC, premiers téléphones portables...).
- Windows 95.
- Une police d'écriture en italique complètement pourlingue.
- Les textes en coréen / japonais / chinois.
- Les Simpsons.
- Les jeux vidéo (Ecco the dolphin, Megadrive, Dreamcast).

Soyons clair, si l'imagerie vaporwave ressemble fortement à d'autres styles proches, une différence existe : la synthwave est un monument à la gloire des années 1980/1990, la vaporwave en est plutôt une critique. Certes, l'on peut se moquer de cet argument mais c'est ainsi que se présente la bête. Elle est une remise en cause de la société de consommation, elle porte un regard noir sur le « cocooning » des années 2000 ou les yuppies des années 1980. L'obsolescence programmée de nos appareils favoris est attaquée tout comme le matérialisme. Sans pour autant écrire un manifeste à la Jurgen Habermas, le genre se veut une contestation du capitalisme totalisant prônant la standardisation. En suivant la logique du blog Chill and Revelant :

« La vaporwave serait un mouvement qui incombe le déclin de la civilisation occidentale au capitalisme et qui préfère stimuler ce déclin plutôt que de le confronter. Il s'agit donc de pousser le vice jusqu'au bout, pour assister à la destruction du système. »

La critique du système devient alors nihiliste. Le style incarne une décadence bien en marche, à l'image de la tête de statue grecque et de la ville industrielle sur l'illustration de l'album de Macintosh Plus (Macintosh Plus et Laserdisc Visions sont une seule et même personne, se nommant également Vektroid).

Complaisance, bonheur superficiel et police d'écriture aesthetic. Le monde est mort (mais pas Ecco the dolphin).

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