Censure, réécriture des génériques : quand la télévision française massacrait les tokusatsu

Censure, réécriture des génériques : quand la télévision française massacrait les tokusatsu

Tout le monde (enfin, ceux nés entre 1975 et 1989) a vu des tokusatsu. Si je vous dis Uchû Keiji Gyaban, Uchû Keiji Shariban, Sekai Ninja Sen Jiraiya ou Chôdenshi Bioman, ça ne vous dira pas grand-chose (et si vous reconnaissez, vous êtes déjà mon ami). Par contre, X-or, Sharivan, Jiraya ou Bioman, ça parle tout de suite beaucoup plus. Récré A2 et Le Club Dorothée (trente ans !) ont eu la grande bonté de nous faire parvenir les merveilles de l’animation japonaise, parmi lesquelles tout un flot de Metal Hero (un gentil, généralement venu de l’espace, qui est un flic interstellaire se battant vêtu d’une armure métallique), de Super Sentai (un groupe de jeunes dotés de pouvoirs et combattant des méchants). Honteusement, la troisième composante de ce groupe, les Kamen Rider (un jeune homme chevauchant une moto et tuant des méchants streums) a été ignorée, ne nous laissant que la déplorable version américaine, Masked Rider, heureusement vite oubliée dans nos contrées.

Mis à part la censure et les traductions honteuses de leurs dialogues et histoires, la pire insulte qui a été faite aux mangas et autres émissions japonais fut le remplacement de leurs génériques. Bernard Minet, Dirk Diggler de la chanson kitsch, en est le meilleur (ou pire ?) exemple. Bioman est sans doute le générique qui a fait sa grandeur, avec les Chevaliers du Zodiaque.

Déplorable, creux, pourri. Voilà comment décrire le travail de Bernard Minet. Alors que, du côté du Japon, on a eu le droit à ça (à noter que la première diffusion de Bioman sur Canal plus avait l’excellente adaptation en français du titre japonais). Côté X-or, la version française était digne d’un chanteur de la MJC de Chaumont. Au Japon, ça avait quand même beaucoup plus de gueule : 
 


Les deux héros sacrifiés par le service marketing des chaines françaises ont pour nom Akira Kushida et Takayuki Miyauchi. Les deux bonshommes pèsent, n’ayons pas peur des mots. Akira et Takayuki (sosie officiel nippon d’Alban Ceray) sont responsables de la grande majorité des génériques de début et de fin de productions japonaises. Contrairement aux Bernard Minet et compagnie, les deux mecs sont d’authentiques stars au Japon, très respectés par la jeune génération de chanteurs de tokusatsu qui voient en eux des idoles (à ne pas manquer par exemple, la reprise du génialissime générique de Uchû Keiji Sharivan par Kushida et Maasaki Endo, l’une des stars actuelles du générique de Metal Hero)

Les Super Sentai et les Metal Hero n’ont pas été justement diffusés en France à cause d’un problème magistral: le public envers qui ils étaient destiné n'était pas celui qui les regardait. Hokuto no Ken (Ken le survivant) n’était pas destiné à être vu par des gamins de cinq ans ; c’est pourtant l’erreur qui a été faite par TF1, qui a mené à une version édulcorée et censurée, tel fut le cas pour les Metal Hero et Super Sentai. Les thèmes des Metal Hero, particulièrement, sont en effet souvent très sombres. Dès l’épisode dix de Bioman, Yellow Four décède, accompagné d’un beau thème tragique. Dès lors, les génériques des séries reflètent souvent ces tragédies ; ainsi, celui (minable) de X-or ne parle que du côté bagarreur du héros, alors que la version de Kushida met bien en avant sa difficile vie : tristesse, pleurs, trahison, remise en question. Miyauchi, quant à lui, interprète un titre mettant en avant la nécessité du courage, de l’union et du sacrifice des différents membres de Bioman.
 

"Le générique n’est vu en France que comme une introduction assez rapide au produit"


Alors, pourquoi de telles différences ? Déjà, il faut voir la différence importante dans le statut du générique : il est respecté au Japon, alors que les diffusions françaises escamotent toujours celui de fin (Blue forever de Saint Seiya passe à la trappe, de même que le très groovy Biomic Soldier pour Bioman). Le générique n’est vu en France que comme une introduction assez rapide au produit, que l’on envoie vite, alors qu’au Japon, il est une part importante du tout. 

Une autre raison : nos deux pépères sont des dieux. Ces superstars remplissent les salles de concert au Japon partout où ils passent. Ils se produisent encore aujourd'hui et sont toujours très actifs. Ils ne se reposent pas seulement sur leur gloire passée et continuent leur oeuvre. Akira Kushida a notamment offert un générique génial à France Five à partir de l’épisode quatre, Shin Kenjushi France Five, impressionné qu’il était par leur travail. Nos deux compères sont de vrais fans, qui respectent profondément le matériau pour lequel ils écrivent. Ils ont compris que divertissement pour enfants ou adolescents ne signifie pas merde infantilisante, la musique étant une part entière de la démarche créatrice. 

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