Le swatting ou la preuve supplémentaire de la déchéance de l'Humanité

Le swatting ou la preuve supplémentaire de la déchéance de l'Humanité

Les Internets sont en émoi : le tribunal de Créteil a condamné trois personnes accusées du swatting du streamer Bibix. Née aux USA, cette pratique (d'adulescents fin de race squattant la cave de leurs parents) consiste à faire intervenir la police (le SWAT aux Etats-Unis, d'où le nom) pendant une retransmission en direct d'une partie de jeu vidéo de la victime.

Ce n'est ni plus ni moins qu'une évolution, avec confrontation au réel, du harcèlement virtuel. Certains champions en ont même fait leur business. Citons en France ViolVocal payé pour appeler et faire se déplacer les forces de l'ordre sur une cible donnée. Derrière ce site se cache Gregory Chelli aka Ulcan, un hacker Franco-Israélien. A son tableau de chasse les harcèlements / swattings répétitifs de journalistes. Les conséquences sont parfois désastreuses. Ainsi :

 

« Il s'en prend à un journaliste de Rue89, Benoît Le Corre, dont il appelle les parents pour leur faire croire que leur fils est mort. Il utilise également la technique du swatting en appelant la police pour déclarer un meurtre à l'adresse des parents du journaliste, afin d'y provoquer un assaut du GIGN. Quelques jours plus tard, le père de Benoît Le Corre subit un infarctus dont il meurt deux semaines après. 

 

[...]Le rapport d'expertise médicale de deux cardialogues, figurant au dossier des juges d’instruction saisis dans cette affaire, établit que « le stress a été un facteur déclenchant direct et certain, révélant son état antérieur ». « Ulcan » a ensuite téléphoné au journaliste pour le narguer» »

 

 

Rappelons que, au delà du swatting, le cyber bullying est responsable de 4400 suicides par an. Près d'un adolescent sur deux en est victime. Outre Atlantique, le sujet est d'ailleurs pris très au sérieux, au point qu'un site officiel a été mis en place ainsi qu'une application permettant à tout élève victime ou témoin d'envoyer les preuves au proviseur sans avoir à subir la pression de se rendre soi-même devant les responsables du lycée et d'être ainsi perçu par les autres élèves comme une grosse fiotte. Les sentences américaines sont bien couillues. Ainsi Matthew Weigman, âgé de dix-neuf ans, a mangé onze ans de prison et 10 000$ d'amende pour des « canulars » téléphoniques très semblables à ceux de Gregory Chelli. Bisous !

L'impact psychologique d'une intervention armée dans sa chambrée - alors que l'on est tranquillement en train de jouer à LOL dans son pyjama Adventure Time – est terrible. Citons l'exemple d'un étudiant en Arizona devenu insomniaque suite à l'arrivée musclée de la police chez lui, n'arrivant plus à se concentrer il a depuis arrêté les études. Citons également Joshua Peters dont le SWAT a mis une arme sur la tempe de ses petits-frères, en pensant qu'ils venaient de commettre un meurtre. Son témoignage est des plus parlant :

 

 

Les exemples sont nombreux. Moins en France cependant où le phénomène était jusqu'ici assez marginal. Peu de poursuites ont eu lieu faute de plaintes.

Bibix - ayant dû déménager suite à un Swatting et dont la compagne a été très marquée par l'évènement – a lancé la première offensive française sur le sujet. Il a en effet décidé d'intenter une action en justice. Après enquête, le jugement est tombé  : Jonathan (alias Arkan) qui a passé le coup de téléphone, écope de deux années de prison ferme, Lilian (aka Jacky) écope quant à lui de dix-huit mois ferme pour avoir diffusé la vidéo et ne pas avoir averti la victime. Gaëtan (aka Yvan), un complice, tire six mois avec sursis.

Des boutonneux se sentant au-dessus des lois depuis le canapé de leur T1 Bis payé par papa maman qui finissent en prison, voilà de quoi calmer tous les prépubères du forum jeuxvidéo.com adeptes de « canulars » téléphoniques. Et bien non. Ils restent dans le déni.

 

 

Whouhou ! Les gars ! Réveillez-vous ! On n'est plus sur Overwatch là.

Nous voilà donc dans une situation inédite : celle du virtuel usant du réel pour dynamiter un représentant d'une communauté virtuelle, le tout en refusant les conséquences réelles d'un acte bien réel lui-aussi. Mindfuck. Je n'ai pas tous les éléments à disposition pour affirmer ou non si les personnes se retrouvant derrière les barreaux sont coupables des faits leur étant reprochés. Mais ce n'est pas le but de mon propos. Puis je m'en fiche. Ce qui me m'ennuie par contre est ce sentiment d'impunité que peuvent ressentir certains internautes. A quel point ont-ils décroché leur ceinture pour ne même pas se rendre compte des conséquences de tels actes ? Je veux dire, on parle ici d'envoyer des mecs armés détruire la vie de quelqu'un. C'est un poil plus tendu qu'un simple tweet de rageux portant sur la sortie du dernier CoD. Ce n'est pas une blague naïve d'enfant. Il y a une souffrance palpable, réelle, des victimes résultant de ces pratiques débiles. Pour citer un juge américain s'adressant à un swatter :

 

« Laissez votre petite fierté dans le domaine réconfortant de la fantaisie numérique. Les actions dans le monde réel ne disposent pas d'un bouton de réinitialisation. »

 

Le plus inquiétant en mon sens reste que tout ceci est réalisé au nom du buzz. Le buzz à tout prix. Le buzz comme élément central de tout. Le buzz comme culture. Le buzz comme nouveau Dieu . Car, quels sont les objectifs de ces trous de culs de youtubers / streamers pratiquant le swatting ? Gagner des followers. Voir les vues de leurs vidéos exploser. Peser sur Twitch. Rien de plus. Seulement, quand on ne dispose comme unique moyen pour y parvenir que de faire chier autrui, on ne peut qu'espérer les voir finir sous une douche de prison, en position de sécurité, l'anus dilaté.

Ces types sont la tumeur d'une société obnubilée par le spectacle et la culture de soi.

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