La véritable plaie du football ce n’est pas le Footix mais le SoFootix

La véritable plaie du football ce n’est pas le Footix mais le SoFootix
AUTEUR

cherot-qui

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Cela fait désormais plus de trois semaines que l’Euro 2016 a débuté. Jusque-là ils s’étaient plus ou moins tenus, les services d’ordre des Footix ayant réussi à contenir leurs débordements. Mais pas plus tard qu’hier soir, un SoFootix a franchi délibérément le périmètre délimité, et s’est permis de me glisser cette réflexion ("Je les vois bien nous faire une Danemark 92") d’un air entendu, me faisant subitement regretter d’avoir voulu être flexible et de jouer le jeu du dialogue, Euro 2016 oblige. Car même si nous ne sommes pas d’accord, je me suis toujours engagé à respecter la liberté d’expression des Footix, c’est aussi ça la démocratie. Mais bien que cela coûtera certainement deux semaines de blocage, je ne reculerai pas. Hors de question de céder le moindre pouce de terrain aux SoFootix. Ça, c’est le sursaut républicain.

Mais de qui suis-je en train de parler exactement, avec ces termes techniques? Les Footix, vous les connaissez, ce sont ces personnes qui en temps normal se démarquent par leur manque total de discernement, qui évitent autant que faire se peut le conflit (du moins si son issue est incertaine), qui aiment bien prendre la parole pour soutenir l’argument du dernier qui a parlé, et qui ne sont pourtant pas (forcément) des femmes. Mais le temps d’une compétition de football internationale, les Footix prennent tous les risques : ils peuvent bondir pour couper la parole à Pierre en lui reprochant son manque de chauvinisme envers l’équipe nationale, et donner le change à Paul pour vanter les équipes des autres pays qui elles, mouillent le maillot. Ils regrettent le racisme inhérent au milieu des supporters de foot, et se désolent auprès de Jacques de ces métèques qui ne chantent pas l’hymne national. Ils sont écœurés par ces joueurs trop payés et par le règne de l’argent roi, et sont fans du PSG les soirs de ligue des champions. Allez, dernier indice, ils sont à l’heure actuelle en train de regretter (tenez-vous bien) de ne pas être Irlandais… D’accord, les Footix sont complètement cons, mais ils peuvent compter sur toute ma bienveillance, parce qu’eux au moins, une fois tous les deux ans, ils se mettent en danger donnant à voir ce qu’ils pensent vraiment, au vu et au su de tous. On n’a pas le droit de reprocher à des hommes (et des femmes), de faire preuve d’un peu de panache, une fois de temps en temps.

 

 

"ce qui intéresse le sofootix ce n’est pas le sport en lui-même, ce sont ses à-côtés"

 

Le SoFootix (comprendre le Footix lisant SoFoot), lui, c’est celui qui arrive en retard lorsqu’une partie de foot entre potes est organisée, parce qu’il a passé 1 heure devant sa glace à essayer toute sa panoplie de maillots, de shorts, et de chaussettes de foot vintages et collectors avant de faire son sac. Bien que son retard emmerde tout le monde, il prendra cinq minutes de plus pour se rechanger, en fonction des maillots que portent les autres, avant de rentrer sur le terrain. Il est bien évidemment nul à chier, et passera son match à faire joueur/capitaine/arbitre/consultant/commentateur, avant de sortir du terrain à bout de souffle après son Nème ballon perdu, prétextant une blessure après sa Nème pirouette technique foirée, en balbutiant des explications sur toutes les règles « spécifiques au five » qui n’ont pas été respectées. On l’aura compris, le SoFootix a tout intérêt à fuir la réalité du terrain de foot, ce qui l’intéresse ce n’est pas le sport en lui-même, ce sont ses à-côtés.

D’ailleurs, comme il n’est pas trop friand des confrontations au réel, le So Footix est toujours fan de joueurs ou d’équipes qui ne jouent plus, et si possible que personne ne connait.
 

« Ah, Nottingham forrest 77 ! »

« Oh, la grande époque de Sankt Pauli ! »

« Ouh, les derbies Boca/River dans la Bombonera sous Perón ! »

 

Le SoFootix sait que Maradona était meilleur que Pelé, même s’ils n’ont jamais eu l’occasion de jouer l’un contre l’autre, il sait aussi que George Best est le plus grand joueur de tous les temps. Il est d’ailleurs incollable sur les équipes de football anglais des années 70, sans doute parce que les joueurs avaient des looks de merde, qu’ils étaient alcooliques, virils, et pas sportifs (tout ce qu’il s’évertue à devenir lui-même, bien que sur le côté pas sportif, il nous ment en allant faire des footing en cachette chaque fois qu’il a bu plus de deux bières la veille). Le So Footix peut tenir des heures à argumenter sur le courage de l’engagement politique de Socrates, tout en t’expliquant, tel Michel Platini, que brésiliens en 2014 ou français en 2016 « pourraient attendre un mois avant de faire des éclats un peu sociaux » parce qu’il faut que la machine à cash continue de tourner.

Le SoFootix est un pseudo-connaisseur, les pourritures qui détiennent les sites de paris en ligne l’ont d’ailleurs compris depuis longtemps. Cette espèce est leur cœur de cible, il suffit de voir les spots publicitaires pour s’en convaincre (mention spéciale à WINAMAX pour avoir si bien brossé dans ses pubs le portrait du SoFootix lambda). Le SoFootix semble maîtriser son sujet, son argumentation semble construite, mais quand on gratte on voit bien qu’il n’est capable que de resucées bien sages de ce qu’il a entendu dans ces tombeaux de la dignité humaine que sont les antennes de RMC et l’équipe 21, ou de la bouche de Pierre Ménès (cet abject diabète daddy devenu lui aussi la coqueluche des publicitaires, pauvre France)…

 

 

Le Footix, c’est un supporter passionné de son équipe (avec tout ce que cela comporte d’excès et d’injustice) pendant toute la durée où elle est en lice dans la compétition, quitte à ce qu’il se souvienne, si jamais celle-ci faisait un faux-pas, qu’il a une ascendance espagnole, ou allemande, ou Italienne (bon en gros qu’il a un aïeul facho), et que ce qu’il aime avant tout, c’est le beau jeu ©. Deux jours plus tard le Footix aura perdu tout intérêt pour le football et il contribuera plus que quiconque au PIB de sa nation, en plus de péter ses scores à Candy Crush. Le SoFootix, lui, est un pseudo-passionné. Il ne prend pas le risque d’attendre l’élimination de son équipe de cœur © avant de se proclamer « avant tout amoureux du beau jeu © ». Et pourtant, il a bien les mêmes rêves et les mêmes attentes que le Footix envers son équipe nationale, mais ce sale lâche, il ne l’avouera jamais en public, il aurait trop peur de perdre la face si jamais ce salaud de réel faisait irruption pour mettre à jour l’ineptie de ses augures.

 

"Le Sofootix a besoin du Footix pour se sentir exister"

 

Ce faquin a donc besoin du Footix pour se sentir exister, c’est ce dernier qui a le malheur de donner l’occasion au SoFootix de se mettre en avant, en se promenant naïvement sur ses plates-bandes un putain de mois tous les deux ans. A la différence du Footix, le SoFootix est celui qui se retrouve dans sa zone de confort pendant ces grandes compétitions. L’espace d’un mois, il est devenu une personne dont on considère l’avis, alors que les deux années précédentes il peinait à attirer l’attention avec des fadaises ressorties de la master class Baptiste Lecaplain, où il a assimilé la logique comique des Palma Show et autres Studio Bagel. Mais durant ces deux années de galère, il s’est horriblement bien préparé pour ce rendez-vous le bougre ! Il a validé son UE « groupes de supporters britanniques du 20ème siècle et avènement du Thatchérisme : étude comparative avec les antifas allemands » avec mention, et « histoire européenne du hooliganisme » aux repêches. . Le SoFootix pense constamment foot, mais sans jamais pousser son raisonnement jusqu’à se demander pourquoi il continue toujours de s’intéresser à ce sport, qui est objectivement devenu le simulacre, le spectacle, l’exacte antithèse de ce qu’il a peut-être pu être à une époque, cette époque pour laquelle le SoFootix ressent une grande nostalgie, bien qu’il soit trop jeune pour avoir pu la connaître (oui, le SoFootix, à la différence du footix, est forcément un mâle, et est forcément trentenaire). Lorsque ça parle foot, il est prêt à jaillir en contre à tout moment, et en plus il aura un public de Footix déchaînés dans la poche. Autant dire que couper le sifflet à ce genre d’apôtres pendant un Euro ou une Coupe du Monde, c’est à peu près comme réussir à s’extirper du 8ème cercle des enfers alors que Virgile n’est pas revenu de sa pause clope.

Je l’admets, je m’emporte peut-être. Après tout, on a tous un bon pote SoFootix. On les aime bien au fond, et mis à part les enfants bangladais qui se tuent à la tâche dans les usines pour produire les montagnes de maillots réplica et des sneakers de collection, ils ne font tout compte fait de mal à personne d’autre qu’à eux-mêmes. Mais bon, Danemark 92 quand même, merde… Je vais me consoler en pensant que d’ici 3ans, vêtu de mon maillot des Tonga 2003, je pourrai enfin leur proposer toute ma condescendance faussement amicale en leur expliquant pourquoi tout le monde, même les français, triche sur les poussées en mêlée. On pourra enfin s’entendre parce que l’espace d’un mois et demi, eux, ils auront le courage d’être de vrais Rugbix.

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