Influenceurs sur Instagram et Snapchat : enfin un débouché pour les Segpa

Influenceurs sur Instagram et Snapchat : enfin un débouché pour les Segpa
AUTEUR

Edgar Morray

PUBLIÉ

Le

Autant le dire tout de suite : les influenceurs sont des bubons mal soignés sur le corps d’un chauffeur Heetch sans complémentaire santé. Autant le dire tout de suite, ça va devenir un débouché tout à fait honorable sous le quinquennat d'Emmanuel Macron. Sauf pour Kader & Ryan, eux, ils seront chauffeurs Uber au lieu de dealer avec mashallance en bas des blocs.

Je me souviens encore des jours heureux où je piquais l’Entrevue du daron. Entre deux chonches clownesques de la dernière bimbo qui avait sucé Cauet pour percer et les spoils de la dernière saison de Koh Lanta, j’apprenais que des stars genre Mouss Diouf allaient gratter leurs cadeaux à la soirée de lancement du dernier Motorola à clapet. Les gars ne la ramenaient pas, au moins. Ils se faisaient photographier par Elfassi la tchoin devant le club avec la tronche basse du mec qui se fait attraper à remonter son froc au sortir d’un bordel. L’influence jeu a changé. Il est passé de l’usufruit d’un talent (artistique la plupart du temps), au monnayage des likes d’une communauté Instagram friande de selfies.

 

Des casquettes de merde Ed Hardy aux Lunettes de merde Daniel Wellington


L’endorsement - pour parler open space - a toujours existé. Certains malins comme Christian Audigier avec sa marque Ed Hardy, ont profité de tremper les orteils dans les bons milieux pour filer leurs produits à tous les nouveaux riches d’Hollywood.

 

 

Les clips, les émissions et les magazines diffusaient au plus grand nombre ses images de stars et la volonté de les imiter faisait le reste. Seulement le web a tué les magazines, notamment ceux du secteur de la mode, de la beauté, du cinéma et du jeu vidéo. Les blogs, forums et dernièrement les réseaux sociaux ont cassé les intermédiaires. Les marques de fringues étaient jusque-là habituées à claquer des salaires de politiques cumulards en pages pubs dans GQ pour obtenir des articles complaisants (non-notifiés comme de la pub). Désormais elles utilisent 10% du budget pub pour envoyer leurs produits à une tripotée de supplétifs trop heureux de se sentir importants. Les influenceurs agrègent une “communauté” aimant la soupe qui leur est servie à coup de photos filtrées et de vlogs vides. Au lieu d’un créa, la marque en gagne plusieurs dizaines qui, à leur échelle, nimbent ses produits de leur propre ligne éditoriale, le maquillant de leur propre “authenticité”. Les marques aiment les influenceurs, car ces-derniers sont les plus à même d’insérer leurs produits dans un storytelling qui ne ressemble pas à la dernière pub Pepsi (ou alors c’est kifkif mais la marque peut s’en laver les mains comme Ponce Pilate).

Les influenceurs ne sont plus - seulement - des artistes voire des prévenu(e)s du tuto beauté genre Enjoy Phoenix. Instagram, les entreprises et les agences ont permis à plein de semi-plébiscités avec quelques milliers de followers de se draper d’un statut de presque professionnel de l’influence. Pourquoi se contenter de deux ou trois néo-célébrités alors qu’une bonne “stratégie de marketing d’influence” permet de baisser les coûts ?

Des études ont souligné l’impact des proches dans la prise de décision d’achat. Ces-derniers sont bien plus prescripteurs que des personnes identifiées comme des “leaders d’opinion”. Toute la force de réseaux sociaux comme Instagram et Snapchat est de brouiller la notion de proximité et d’intimité dans les relations interpersonnelles et de favoriser l’extimité. Une marque comme Daniel Wellington l’a très bien compris en impulsant la diffusion de son produit avec une stratégie d’influence basée sur des comptes Instagram disposant de plusieurs milliers de fans. En échange d’une montre, la personne prend une photo et pousse un code promo permettant à sa communauté de bénéficier d'une réduction. En fonction de la taille de sa communauté, elle peut négocier un petit billet voir un pourcentage sur les ventes.

 

 

La marque réutilise par la suite les photos sur son profil et gagne, en plus des ventes, un contenu qui lui aurait coûté bien plus cher à produire ou faire produire par une agence. Cela lui permet aussi de traquer la performance de la distribution de ses montres et d’évaluer les retombées. Habile. Mieux, cette pratique permet de mobiliser autour d’un hashtag tous les gogos qui, par mimétisme, vont - en sus d’acheter l’équivalent d’une flic flac fabriquée en Chine - poser fièrement avec leur nouveau trophée.

 

 

Réseaux sociaux, marques et sous-fifres dociles


On entre donc dans la phase de métastase du phénomène des influenceurs. Être influenceur est devenu un objectif, et nombreux sont ceux qui ont inconsciemment intégré que leur épanouissement devait passer par ce nouveau statut. Misère.
 

 

On assiste ainsi au phénomène du mail dans la description Instagram précédé du très récurrent “Business inquiries”.

 

 

Ou de la quote assez éculée tout droit sortie de dissociation.
 


Ces ensembles de comportements reproduits à l’infini posent la question des relais structurés et structurants, mongolisés et mongolisants d’une société de consommation à l’heure des grands réseaux sociaux au point que ses agents (au sens de relais), conscients ou inconscients, intègrent le nom même d’influenceurs que les entreprises leur donnent. Tristounet.
 


Ces influenceurs méritent d’être intégrés dans le mouvement plus vaste du web englouti par les réseaux sociaux. Les Twitter, Instagram ou plus récemment Snapchat surgissent avec moult fonctionnalités kikoo pour “créer de la valeur” pour les internautes et très vite accumuler le plus d’utilisateurs possibles. L’important est de très vite agréger beaucoup d’utilisateurs puis de les retenir sur la plateforme. Un pool d’utilisateurs conséquent représente plusieurs segments d’audience à revendre. Les plateformes n’oublient d’ailleurs jamais d'ajouter des compteurs (likes, commentaires, partages, nombres de vues et de followers... ) posant des cadres qui déterminent l’usage des utilisateurs sur le réseau social. En l'occurrence, personne ne souhaite être ignoré avec zéro interaction quand il poste fièrement le dernier Benjamin Biolay sur son mur Facebook.

Une fois que les utilisateurs sont là, arrivent les marques sous deux formes :

  • Une présence centralisée, matérialisée par un(e) page/profil/compte de l’entreprise. Présence visible et parasite, parfois gênante, qui s’insère dans nos interactions sociales et qui répand des miasmes sous la forme de pubs.
  • Une incarnation décentralisée au travers d’influenceurs qui incarnent ses produits et nous abreuvent de pubs égotiques sous filtres. Ces cyborgs demeurés ont intégré les pratiques et codes pour générer de l'interaction.

 

Combien de fois ai-je entendu en soirée, un être qui transpire l’intelligence d’un morceau de bois flotté, joueur de molki et la barbe éphèbement entretenue, prononcer peu ou prou ces quelques mots : “Moi ? La pub ça me touche pas, je ne clique pas sur les liens sponsorisés etc”. Je sais que mes soirées sont bien pourlingues, mais, parmi ceux qui balancent ça, l’œil fier, combien sont-ils à suivre des influenceurs ? Eh oui, sauf à fuir ce genre de ferme des mille vaches numériques, aucun d’entre nous n’y échappe.

 

 

Au début le filtre chien qui tire la langue de basic bitch, puis viennent les fonctionnalités de monétisation. Il y a, dès lors, une question à se poser : que font les hendeks ? Si le libéralisme était un dieu, les influenceurs en seraient les curés de campagne. Les robots ne nous ont pas remplacé mais nous vivons une époque formidable, une époque où nous observons de nos yeux, une version segpaïsée de l’humain augmenté. Sur ce, je retourne élaborer les campagnes M&M’s et H&M dont un des leviers sera votre prostitution. Après tout, nous sommes tous la femme de réconfort de quelqu’un.

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