Sandino, le paysan qui a bien engrainé les États-Unis

Sandino, le paysan qui a bien engrainé les États-Unis

Le Nicaragua du XIXème siècle c'était pas tip top les enfants. Si le pays est enfin indépendant en 1821, après bien des siècles de colonisation, l'instabilité politique le gagne fortement. Les États-Unis, pas plus cons qu'un autre pays occidental, tentent de s'accaparer le territoire en mode néo-colonialisme. Rappelons-le, l'Amérique centrale représente au XIXème siècle un bel investissement grâce à une main d’œuvre d'analphabètes fort peu chère et des besoins importants en constructions civiles. La United Fruit Company est d'ailleurs le symbole de cela : une entreprise US faisant bosser les sombreros et se glissant dans les petites affaires politiques d'Amérique latine (petit clin d’œil au coup d’État du Guatemala en 1954 contre le gouvernement progressiste d'Arbenz, mangez 5 fruits et légumes par jour).

C'est là que rentre en jeu un paysan sorti de la plus basse extraction possible, j'ai nommé Augusto Cesar Sandino. Né le 18 Mai 1895, Sandino est le bâtard d'une métisse et d'un propriétaire terrien. Si son père le rejette dès son plus jeune âge c'est pour finalement le recueillir quelques années plus tard et le coincer tranquillement à l'école. Le Augusto est assez chaud bouillant. À 25 ans il quitte le pays après avoir mis une bastos dans la jambe de son beau-frère (parce que ce dernier arrêtait pas de l’embêter à propos d'une histoire de sœur courtisée). L’énervé du pistolet se barre au Guatemala puis au Mexique. Là-bas il fait la rencontre d'anarco-syndicalistes mexicain qui vont doucement le politiser.
 

"Le début du cauchemar pour les ricains"
 

Du côté des États-Unis, tout va bien : pour empêcher toute autre nation d'aider à la construction du canal du Nicaragua, le pays est complètement sous contrôle américain depuis l'invasion de 1909 et la construction d'une base militaire sur place. Sauf que Sandino revient finalement au pays et rejoint le parti libéral du général José Moncada-Tapia qui dirige une révolte contre le gouvernement et les USA (on se croirait dans Tintin et les Picaros). Le début du cauchemar pour les ricains.

En Novembre 1926, avec trois cents Dollars, Sandino arme ving-neuf paysans énervés et démonte l'armée régulière du Nicaragua. Deux cents soldats sont repoussés par les insurgés près du village d'El Jicaro au nord du pays. Quelques mois plus tard, Sandino s'empare de la ville de Jinotega avec trois cents bonhommes. Les États-Unis commencent à se méfier et envoient alors massivement des troupes. Sandino s'en fout, pendant ce temps-là, il rédige un manifeste intitulé El Mineral. En 1927, José Moncada-Tapia signe un cessez-le-feu avec le régime et les Américains. Sandino refuse cette paix de façade. Il renvoie pères de familles et indécis pour ne garder que trente pécores prêts à en découdre. Il recrute des indiens autochtones n'ayant plus rien à perdre ; six cents hommes sont sous ses ordres en quelques mois. Il monte par la suite un QG dans la zone de Las Segovias à l'ouest du pays. L'endroit est montagneux et embrumé à mort, impossible d'y faire avancer des troupes terrestres ou aériennes.

 

 

Les sandinistes tiennent tête aux Américains et au régime en place, alors que le matériel des révoltés est assez pourlingue. De vieux fusils et revolvers font face à une armée américaine formée, équipée et solide. Malgré tout l'Amérique prend des claques. Sandino est stratège, il attaque par surprise dans un terrain difficile et sonne la retraite rapidement. Bien avant les luttes d'Ho Chi Minh en Indochine, ou la théorie du foquismo de Che Guevara, Sandino innove dans le guérilla jeu.

Sandino se radicalise, il rejette les libéraux et s'inspire de l'anarco-syndicalisme mexicain en réformant son armée répondant désormais au nom de L'Armée de Défense de la Souveraineté Nationale du Nicaragua. Tout cela entraîne un gros malaise dans le camp rival ayant entre temps regroupé douze mille marines sur le sol nicaraguayen. Ces derniers sont tellement énervés qu'ils pillent et massacrent à tour de bras tout ce qui peut être suspicieux (donc basané), cela entraîne plusieurs révoltes du peuple permettant de grossir les rangs de Sandino. Trois mille paysans rigolent dans les montagnes de Las Segovias fin 1927.
 

"les États-Unis finissent par se retirer du Nicaragua en 1933"
 

Ridiculisés par un paysan, en pleine crise économique, financière et politique, les États-Unis finissent par se retirer du Nicaragua en 1933. Entre 1926 et 1933, cent trente six marines américains et soixante-quinze soldats du régime sont morts sur le sol nicaraguayen contre mille cent quinze sandinistes tués. Pour citer Mao :

« La révolution n'est pas un dîner de gala » 

Assassiné le 21 Février 1934 alors qu'il avait signé un traité de paix avec le président libéral Sacasa, Sandino est trahi par l'influent général Somoza, qui devient d'ailleurs président en 1937. Juste retour de bâton : après des années de régime somoziste (le père et ses deux fils sont présidents les uns après les autres) le Front Sandiniste de Libération Nationale prend le pouvoir en 1979, le perd dans les années 90 et le reprend en 2007 par les urnes au travers de Daniel Ortega.

Augusto César Sandino reste encore aujourd'hui un héros dans l'esprit du peuple du Nicaragua. Il incarne celui qui, par sa détermination, s'est levé contre le pouvoir absolu du monde occidental. C'est un peu la version tacos de notre Jeanne d'Arc nationale.

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