Maxime Barbier, CEO de MinuteBuzz et gourou gogole sur LinkedIn

Maxime Barbier, CEO de MinuteBuzz et gourou gogole sur LinkedIn
AUTEUR

Edgar Morray

PUBLIÉ

Le


Que vous suiviez ou non MinuteBuzz sur Facebook, vous avez forcément vu l’une de leur publication sur la plateforme.

Eh oui.

Tout le monde a un(e) pote un peu raté(e), un peu à côté de la plaque, qui n’a jamais vraiment compris Internet. Le genre qui partage les chaînes sur son mur Facebook du type  :

 

«En réponse aux nouvelles lignes directrices Facebook je déclare que mes droits d'auteur sont attachés à l'ensemble de mes données personnelles(...) Pour une utilisation commerciale de ce qui précède mon consentement écrit est nécessaire(...) »

 

Ou encore à afficher crânement sa profession dans sa description : “boss” chez Facebook ou à la CIA, le plus souvent.

Tout le monde a donc un ou plusieurs patients zéro qui, par leurs saloperies d’interactions avec les publications de Minutebuzz, font apparaître ce contenu au mieux OLD, au pire pénible, sur son fil d’actualité. Si vous vous en tirez, il reste les très mongoloïdes Demotivateur, Topito et autres variantes de la syphilis du contenu. Après tout, rien de gênant à ce que chacun trouve un média congruent avec ses aspirations culturelles, des gens vont bien au meeting de Macron un dimanche.

Oui mais non.

 

Minute Buzz, du billet de blog sponsorisé non déclaré à la pub déguisée sur Facebook

 

Au premier abord, le talent de Minutebuzz, c’est d’avoir anticipé la fainéantise du quidam (ou plutôt de pondre une version française de Buzzfeed), en agrégeant sur un site et sur Facebook (sa source majoritaire de trafic), le contenu qui était éparpillé sur le web et commençait à susciter l’enthousiasme. Mais le vrai talent du site et de ses créateurs est d’avoir compris que la paresse de son audience se doublait de sa propension à se faire traire.

Une fois qu’on entasse les bovins dans la pièce, nourris aux contenus gratuits (car volés à leurs créateurs trop petits pour se défendre, ce qui dispense apparemment de demander l’agrément pour une réutilisation), il s’agit de faire du biff avec. Loin d’avoir les muscles - cérébraux - de l’animal élevé en plein air, on peut discrètement leur glisser, sans les avertir, du contenu sponsorisé par des marques.

Malinx le lynx

Un petit commentaire Maxou ?
 

 


On est d’accord, c’est pas classe de s’essuyer la teub dans les draps après une sodomie à la Baupin. Surtout quand les victimes sécrètent naturellement leur propre GHB.

Facebook a toutefois très vite compris qu’en sus d’être un réseau social déjà bien musclé, son audience était mûre pour la version social media de la ferme des milles vaches. Facebook a donc coupé la valve à zozos qui se déversaient sur les sites d’infotainment en pénalisant les contenus non natifs (les liens, mais également les vidéos YouTube), au profit du natif (vidéos et photos téléchargées directement sur la plateforme). L’objectif ? Retenir l’utilisateur sur Facebook, augmenter le temps passé sur la plateforme mais surtout forcer les marques à acheter des données. Mashallah.

Fermier besogneux, Max la débrouille a compris qu’on ne luttait pas contre l’hypermarché. Faute de trafic, Minutebuzz a fermé boutique et s’est uniquement concentré sur les réseaux sociaux. Ce couac nous aura au moins offert un véritable coup du sombrero du bullshitting de la part de Maxime Barbier et une des premières prises de parole du néo gourou.

 

 

On parlera ainsi plutôt de “transformation”, de “mutation”, de “vivre avec son temps”, plutôt que de simplement dire que Facebook a fait une coupure d’eau. Le nouveau business model tient sur un timbre poste : vendre son audience Facebook de futurs Prix Nobel sur les plateformes à des marques habituées à diffuser leur publicité pendant la coupure pub d’Hanouna. Pas trop dépaysant. On passera sous silence l’achat et le matching de page Facebook pour créer ex nihilo des bassins d’audiences sur une thématique comme la nourriture, thématique facile à vendre à Nutella, Coca et Oreo.
 

 

Ou de l’affiliation sur Amazon.

 

 

S’en suit une prise majoritaire de TF1 assez logique, qui n’est d’ailleurs pas le dernier à demander du rab quand il s’agit de vendre du temps de cerveau disponible.

 

 

Savoureux quand on revoit la présentation de la “mutation” MinuteBuzz.

 


Such modernism, much innovation. Pour faire court, au lieu de faire un billet de blog sponsorisé maquillé (ce qui est so 2010), on fait une vidéo sponsorisée, déguisée elle aussi, en insérant le produit de la marque reprenant les codes des contenus non sponsorisés.

 

source


Le slide me permet de faire la transition entre le contenu mongoloide (un minion qui dab, rly?) “produit” par Minutebuzz pour plaire aux millenials et le novlangue managerial servi à ses semblables.
 

Gourou du management et novlangue gogole


Attention, instant GOLD :

 Maxime Barbier “mute” et fait de son arrivée sur LinkedIn un évènement - ce qui semble la suite logique de l’histoire, vu que le réseau social professionnel se transforme de plus en plus en cour de récré pour quadragénaires ayant passé leur vingtaine à faire plus de power point qu’à baiser. Maxime nous offre ainsi par son inégalable capacité à rendre malaisant tout ce qu’il touche, un bon objet d’étude de la novlangue managériale, caractéristique du trentenaire qui a passé, lui, sa vingtaine à baiser plutôt qu’à lire des livres.

Dans 1984, George Orwell dépeint un totalitarisme enraciné, dont la transformation continue de la langue par sa simplification aide au contrôle de la population. La réduction de la langue se fait en supprimant notamment les mots négatifs, en essorant le vocabulaire et surtout les concepts avec lesquels les gens réfléchissent. Cette annihilation de la capacité à penser supprime du même coup toute contestation de la réalité, cette même réalité ne pouvant être appréhendée qu’au travers de cette langue merguez. On utilise aujourd’hui l’expression novlangue dans le langage courant comme un synonyme de langue de bois, d’un jargon professionnel euphémisant ou encore d’un enfumage à coup d’anglicisme.

Bourdieu, my man, expliquait ça plus proprement :
 

« J’ai été frappé de me heurter au fait que les mêmes interlocuteurs qui, en situation de bavardage, faisaient des analyses politiques très compliquées des rapports entre la direction, les ouvriers, les syndicats et leurs sections locales, étaient complètement désarmés, n’avaient pratiquement plus rien à dire que des banalités dès que je leur posais des questions du type de celles que l’on pose dans les enquêtes d’opinion — et aussi dans les dissertations »

 


Qui peut être contre le bonheur ?

 

Toi aussi, libère le management dans sa prise de décision !

 

 

Une bouée coûte moins cher qu’un jour de rtt par mois.

 

Quand tu fais du biff sur le dos des idiots, il vaut mieux que ton directeur financier partage tes valeurs.

 

Qui sont-ils, en effet.

 

 

Maxime Barbier, futur ministre de l’éducation du gouvernement Macron ?

 

Le rôle de lucarne vers l’information de Facebook (le réseau servant de plus en plus de fenêtre agrégeant une partie de nos canaux de communication avec nos relations, le fil d’actualité agrégeant quant à lui les articles médias, du contenu divertissement et les événements en tout genre) appauvrit déjà la capacité des gens à naviguer librement sur le web, quand beaucoup d’internautes ne se donnent quasiment plus la peine de sortir des grandes plateformes. Quand on rajoute le rôle des algorithmes qui, en fonction de nos agissements (interactions, clics etc), nous filtrent ou nous poussent du contenu, les pauvres hères qui suivent ces pages de trépanés, subissent un fort déterminisme à le rester.

Certains diront que le contenu sponsorisé est facilement décelable, mais quand on sait qu’une étude de Stanford avançait que 80% des étudiants ne distinguait pas le contenu sponsorisé (pourtant labellisée comme tel) d’un article classique, on peut fortement remettre en cause la capacité à déceler ces cochonneries.

 

 

Maxime Barbier et le “Groupe Média” Minutebuzz, par leur stratégie de transposition de la publicité native (les articles sponsorisés doivent dorénavant le mentionner) à la publicité native sur les grandes plateformes (non régulée s’agissant du droit d’information aux audiences), sont aussi modernes avec leur pute audience qu’un proxénète yougoslave qui remplace la confiscation de passeport et les beignes par l’héroïne et les beignes.

Minutebuzz est l’entreprise de proxénétisme de la culture web “la plus heureuse du monde”.

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