Le mouv' brûle

Le mouv' brûle

Il y a quelques mois, la direction de la radio Le Mouv' a changé. Bruno Laforestrie [son Twitter, sa tribune sur le Huffington Post] a pris les manettes de la seule radio publique française proposant des émissions spécialisées aussi bien dans l'électro que dans le métal. Bref, une radio d'Etat faisant son boulot à savoir, entre autre, balayer un large 'spectre musical' et amener les auditeurs vers des artistes et des styles peu ou pas représentés dans les autres médias. Sauf que ce changement de direction s'accompagne également d'une nouvelle stratégie. L'objectif de Bruno Laforestrie est de créér une radio "urbaine". Le monsieur ayant un passif chez Générations, son souhait est de mettre l'accent sur une programmation type Rap, Soul, R'n'B. "Jeunes quoi". Et ce au détriment de tous les autres styles jusqu'ici représentés.

En effet, les émissions spécialisées telles que Glitch ou Le Métal sur le Mouv ont tout simplement été rayées de la grille de programmation pour la rentrée de septembre. Exit aussi Pop corn, seule émission nationale à diffuser, à ma connaissance, aussi bien des actus sur le nouveau Star Wars que le dernier album de Bane.
 

"Pourquoi intégrer une logique de marché dans une radio publique qui, par essence, ne diffuse aucune publicité ?"


Et ça, ça me fout en l'air. Une radio publique a des obligations culturelles dont celles d'ouvrir l'auditeur à un panel de musiques et d'artistes vers lesquels il n'irait pas spontanément et de le guider à travers des programmations à la fois pointues, divertissantes et non élitistes. En prenant l'exemple de l'émission "Le Métal sur Le Mouv'", son but était simple : inviter des artistes à venir jouer en live à la radio et proposer une playlist riche. Faute d'audience, on jette. Mais pourquoi intégrer une logique de marché dans une radio publique qui, par essence, ne diffuse aucune publicité ? Pourquoi tuer la diversité musicale pour gagner quelques points sur le baromètre CSA qui ne génèrent, au final, pas plus de rentrée d'argent ? Quel est l'intérêt ? Tenter de ramener des oreilles jeunes du côté du Mouv' ? Seulement cette cible n'écoute plus la radio pour les artistes diffusés mais pour ses animateurs. Cauet, Romano et consorts, ce sont eux qui garantissent aux radios de faire du pognon auprès des 16/20 ans. Pas la programmation musicale. Youtube, Spotify, l'auditeur lambda a des dizaines d'autres possibilités pour écouter ce qu'il veut, sans pub ou jeux concours relous.

Ce dont a besoin Le Mouv' ce n'est pas d'un type bankable ou d'un guignol laissant la libre antenne à des segpas. Non, Le Mouv', en tant que radio publique, se doit de proposer des playlists diversifiées, piochant ainsi dans des albums et des genres aux horizons différents. Elle ne doit pas se cantonner à un style sous prétexte que ce dernier est le plus représentatif des prétendus goûts d'une génération. Une radio publique destinée aux jeunes doit tenter d'être le miroir de ces derniers en leur présentant aussi bien du mainstream que des 'niches' alternatives, pour divertir mais également instruire. Resacraliser la musique. Voilà ce que j'attends d'elle. Mais pour cela il faut du temps. Dans votre logique de rendement à court terme vous vous êtes tiré une balle dans le pied Monsieur Laforestrie. J'espère de tout cœur, qu'à l'image des émissions dont vous vous êtes débarrassé d'un revers de manche, vous voir évincé de votre poste au cours des six prochains mois. See you at Pôle Emploi Bruno.

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