Social Justice Warrior qui es-tu ? Discussion avec une blogueuse féministe vegan

Social Justice Warrior qui es-tu ? Discussion avec une blogueuse féministe vegan

Entre deux partages d’une vidéo de toutou sur Facebook j‘ai découvert cette curieuse publication :


 

 

Ma première réaction a été de vérifier s’il ne s’agissait pas d’un hoax cherchant à caricaturer un militant des Internets. J’ai ensuite découvert qu’il n’en était rien. Ce post est l’oeuvre de Laura De, une activiste moderne, comprendre une activiste dotée d’une connexion à haut débit. Laura est animatrice d’une page Facebook vegan et auteure d’un blog luttant contre les oppressions : elle incarne parfaitement ce que l’on nomme, souvent de manière péjorative, les social justice warriors.

Ma vérification terminée, je n’ai pu m'empêcher de me moquer de ce que j’ai lu. La rencontre entre deux cultures peut parfois être brutale, je pense notamment aux situations d'acculturation imposées voire planifiées (la colonisation quoi) qui peuvent aboutir à une déstructuration de la culture d'origine. Pas bien. Mais là on parle d’un simple piercing dans le nez, pas d’écorcher des autochtones refusant d’accepter Dieu dans leurs coeurs, pas de ridiculiser une autre culture. Il s’agit, à mon sens, d’une simple démarche esthétique, dépourvue de toute volonté de nuire et de toute notion d’oppression culturelle. S’assurer qu’une culture dominante ne profite pas de sa puissance pour stéréotyper ou se moquer d’une culture minoritaire est primordial, on est tous d’accord là-dessus. Par contre, les petits pépères, quand je lis des trucs ailleurs sur le net comme :
 

“La popularisation de la nourriture « ethnique » peut être blessante pour les concerné-e-s”  Source

“Certains aliments comme les sushi constituent un non respect et font l’objet d’une appropriation culturelle” Source

“La pratique du yoga ne devait-elle pas rester pure, totalement imperméable à l'Occident désenchanteur ?” Source

Je me dis qu’il faut un peu se calmer. Respirons un grand coup les lapins. A trop vouloir n’offenser personne on court à un cloisonnement des populations et une fin des échanges culturels. Prenons un peu de recul et évitons de tomber dans l’hypersensibilité.

Cela dit, cela me va bien de donner des leçons à des personnes dont le but initial est de défendre les opprimés. Je n’ai moi-même jamais défilé dans les rues, je ne vote pas. Autant dire que je suis un passager clandestin de la vie sociétale. En montrant du doigt des personnes qui tentent de faire bouger positivement des choses, même maladroitement, ne suis-je pas en train de devenir un anti social justice warrior primaire comme certains YouTubers jurassiques ou dessinateurs-chouineurs breumesques ?

La seule façon de me faire une opinion là-dessus est de poser des questions à Laura.

Salut Laura et merci d’avoir voulu répondre à mes questions ! Après avoir lu les quelques lignes que je viens d’écrire plus haut, peux-tu me donner ton premier ressenti sur ton post initial, sur l’appropriation culturelle de manière générale et sur mon point de vue ?

Hello ! Merci de m’avoir invitée pour parler de ce sujet bien tendu. Je vois que tu as relevé le statut qui a le plus polémiqué sur mon profil Facebook. Effectivement le sujet de l’ « appropriation culturelle » est un des plus clivants qui soit. D’abord l’appropriation culturelle c’est quoi ? C’est le fait de porter un accessoire/vêtement qui est issu d’une autre culture que la sienne. Alors sur le coup on se dit que ça ne pose pas de problème qu’une fille d’origine française porte une tenue typiquement indienne parce qu’elle trouve cela joli par exemple. Mais si on réfléchit cinq minutes, la question est plus difficile que ça.

Il y a plusieurs choses qui entrent en jeu. D’abord je me suis intéressée à ce que disaient mes potes issus d’une autre culture que la mienne. Un d’entre eux, originaire d’Inde, m’a parlé du fait que quand il était petit ses parents lui avaient proposé de s’habiller des fois avec des vêtements typiquement indiens. Mon pote à l’époque ne voyait pas le souci, s’habiller comme il le veut l’enchantait même. Le truc c’est qu’arrivé dans la cour de récré, les autres enfants se moquaient de lui et de son vêtement ne suivant pas la mode occidentale. Ils disaient qu’en plus d’avoir la peau plus foncée (ce qui était déjà « différent »), il mettait des vêtements « bizarres ».

Reprenons la même situation avec une autre connaissance, cette fois une fille. Elle présente un look qu’on qualifierait de métalleuse. Depuis petite, elle porte des grosses boots et des vêtements sombres cela avec l’évident T-shirt d’un AC/DC ou autre System Of A Down. Toute sa vie, comme mon pote indien, elle s’est pris des remarques comme quoi elle était une caricature. Toute sa vie, jusqu’à cet automne 2016 où la mode occidentale a subitement décidé que les T-shirt de groupe de métal c’était bien sympa en fait. Hop, on se retrouve inondé de meuf avec des T-shirt de groupes dont elles ne connaissent même pas le nom. Ces meufs qui portent ces T-shirt de bands aujourd’hui car c’est la mode, ce sont les mêmes meufs qui à l’époque se moquaient des métalleuses qui en portaient. Ma pote évidemment trouve cela ridicule qu’un T-shirt de groupe sur elle soit caricatural et sur une fille lambda cela soit considéré depuis l’automne 2016 comme à la mode /cool.

 

"On rend visibles des cultures non visibles, on ne caricature pas"

 

J’ai trouvé le parallèle de ces deux histoires fort intéressant. Qu’est-ce qu’on peut en retirer ? Quand quelqu’un est issu d’une culture sortant de la culture dominante (cette culture dominante étant la culture occidentale car contrôlant la mode universelle), cette personne n’aura pas le loisir de porter un accessoire ou vêtement issu de sa propre culture sans être traitée de caricature. Nombre de fois que j’ai entendu : une black qui porte un foulard sera une mama africaine, une meuf blanche qui porte un foulard ça fait juste chic. Un black qui porte des dreadlocks ça fait sale, une meuf blanche qui a des dreadlocks c’est qu’ « elle sort des sentiers battus, elle est originale ». Du coup, comme pour ma pote métalleuse, quoi de plus énervant que de voir des gens blâmant une culture n’étant pas la leur, et ensuite vont revêtir un look métal parce que la mode dominante l’a décidé. Alors quand en tant que meuf blanche, je me pavane avec un accessoire typiquement indien comme un septum au nez et que tout ceux qui me croisent me disent que c’est joli, original, je peux comprendre que mon pote indien à côté de moi qui s’est toujours fait emmerder, ne comprenne pas.

Maintenant concrètement, comment faire au mieux pour tout le monde (c’est quand même mieux d’éviter de faire du mal pour rien il me semble) ? Je suis d’avis que porter des éléments d’une autre culture peut être positif. Pourquoi ? Parce que cela peut permettre de rendre visible cette culture, qui forcément n’est pas mise en avant par la mode occidentale qui s’est faite culture dominante. Comment faire ça du coup ? A mon sens il faut, si on se fait complimenter parce qu’on porte un élément qui n’est pas de notre culture, préciser que l’on n’a pas inventé cet élément mais mettre en avant le fait que cet accessoire / vêtement vient d’une culture particulière, qui est méconnue car bouffée par la culture occidentale. Un peu comme quand on fait un travail écrit à l’école et que l’on nous demande de citer nos sources. Antoine, quatorze ans, ne va pas dire en cours de science que la théorie des atomes, c’est lui qui l’a inventée, ça semble logique.

Ainsi, il y a un partage culturel, on rend visibles des cultures non visibles, on ne caricature pas l’Indien ou la métalleuse de tout à l’heure. On respecte les cultures de chacun.

Personnellement une femme blanche qui porte des dreads, je ne trouve pas cela original, je dirais plutôt qu’elle ressemble à un chevreuil. Mais là n’est pas le débat. Je ne suis pas sûr de comprendre ta solution. Comment peut-on définir ce qui relève ou non de notre culture vestimentaire ? Comment fait-on pour présenter la culture associée à un vêtement : on doit aller sur Wikipedia avant de faire les soldes ?

Il me semble qu'il ne faut pas aller sur Wikipedia pour savoir qu'un voile ou une couronne de plumes ne sont pas très européens. Je crois que n'importe qui peut y arriver. Je répète que le but est le partage de culture avec une mise en avant de la beauté de chacune !

En novembre 2015, des cours de yoga offerts aux personnes handicapées étaient annulés à l'Université d'Ottawa après que la Fédération étudiante de la même institution (FÉUO) a décidé de condamner «l'appropriation culturelle» derrière l'organisation. Des fois, tu te dis pas que les défenseurs de l'appropriation culturelle vont trop loin ?

L'exemple sur mille. Évidemment des pratiques pouvant apporter un grand bien-être comme le yoga, il serait idiot de les interdire à qui que ce soit. Contrer l'appropriation culturelle ce n'est pas empêcher des handicapées d'accéder au yoga il me semble. Comme je l'ai expliqué, il est important de partager les beautés et qualités de chacune des cultures, sans en rabaisser aucune. La pratique du yoga est une manière de mettre avant les richesses de la culture indienne, trop souvent rendues invisibles.

Au delà de l’appropriation culturelle, parlons des SJW et de leur langage que tu reprends dans ton blog. Cisgenre, Cisnormatif, Xenogenre, Pangenre… Le glossaire est riche et semble vouloir coller une étiquette sur absolument tout. N’est-ce pas antinomique avec la volonté initiale de ne rien cataloguer ?

Dans tous moyens de diffusion les hetero cis genre etc. sont rendus visibles, ils existent. Les personnes homo, trans genre etc. ne sont pas nommées et donc rendues indivisibles. Nommer c'est faire exister. De plus, il est important pour sa construction personnelle de s'auto identifier et s'autodéterminer.

Merci Laura De ! 

J’y vois maintenant un peu plus clair. Je pense au final que le souci n’est pas le combat des SJW qui me semble juste, même s'il se retrouve parasité par quelques jusqu'au boutistes. Faut-il pour autant leur sauter à la gorge ? Evidemment que non. Malgré la maladresse d'une poignée, ils arrivent à mettre sur le devant de la scène des sujets importants. Alors oui, la communication manque parfois de finesse et joue trop sur la culpabilisation plutôt que sur la pédagogie mais il y a matière à faire avancer les choses dans le bon sens.

Malgré tout, je reste un troll et je n'ai pu m'empêcher de caricaturer les SJW sur une page Facebook oppressive. Pardon Laura. 


Le community manager de Campanile, qui n'est pas raciste car il a un ami noir, a fini par me bannir de sa page. Like si t'es triste.

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