Interview d’un salarié de MinuteBuzz :
“Maxime Barbier est une contrefaçon d'un entrepreneur à succès”

Publié le par Michel

Maxime Barbier, le PDG et gourou de Minute Buzz, évoque régulièrement sur sa chaîne YouTube le Lean Management. Ce système, venu du Japon, se base sur cinq grands principes : le respect, la résolution quotidienne de difficultés, le partage d’une vision définie et priorisée, la nécessité pour le manager d’aller sur le terrain ainsi que le développement des compétences de chaque individu.

Personnellement, j’ai toujours eu du mal à imaginer Maxime et sa tête d’ahuri être adepte des écrits de James P. Womack, Cécile Roche, Eric Ries ou Pascal Dennis - quelques-unes des références en Lean, Lean Management et Lean Start-Up. Comment en effet instaurer l’écoute, le respect des règles et la confiance mutuelle dans une société où le PDG serait coutumier du harcèlement sexuel. Afin de savoir si MinuteBuzz (MB) est ce que Maxime prétend, à savoir une entreprise basée sur le bonheur, j’ai interrogé un salarié.

Salut Greg ! Nous avons changé ton prénom et nous ne révélerons rien de la nature de ton emploi chez MB pour des raisons évidentes d’anonymat. Tu travailles au sein de ce réseau de divertissement, tu nous as même envoyé un exemplaire de ton contrat de travail pour le prouver. Avec le recul, MB est-elle la happiest start-up ever pour reprendre les propos de Maxime ?

Pas du tout, c’est une vitrine. Après si on a jamais eu de croissants, de gâteaux, de café fraîchement moulu dans son ancien taff ; cela peut paraître comme la happiest start-up ever. De même si on n’a pas d’ami : les soirées MinuteBuzz sont assez récurrentes. Elles ressemblent beaucoup aux soirées enfarinées entre potes. C’est le côté paillette. Mais si tu grattes un peu, que tu enlèves le vernis, il y a plus de pression dans le management que de bonheur.

Cette pression se matérialise comment ?

Nous travaillons en utilisant les outils numériques Trello et Slack, nous sommes assaillis de notifications sur ordinateur et sur portable. Il faut constamment réaliser deux ou trois choses en même temps et ce au détriment de la qualité des contenus. Il y a toujours une grande différence entre ce que le commercial vend aux annonceurs et ce que l’équipe peut produire. Généralement un contenu doit être tourné et monté en une journée.

Quelles sont les conditions de travail sur place : salaire, heures de travail… ?

Les salaires sont relativement bas, notamment pour ceux fraîchement sortis d’école ou ceux dont c’est la première expérience. Il y a beaucoup de jeunes chez MinuteBuzz, beaucoup de bons vidéastes qui font du contenu de merde. C’est un sacré gâchis d’énergie. Ils ne se rendent pas compte de leur vraie valeur sur le marché du travail et ils font des brainsto pour, au final, produire de la merde…

Il y a aussi une grosse différence de salaire entre les commerciaux et la prod.

Combien gagne en moyenne une personne travaillant à la prod ?

Je dirais aux alentours de 1600/1700 euros net par mois voire moins, parce que même si Maxime Barbier prône l’entreprise libérée, on attend toujours la transparence sur les salaires.

Comment se passe le travail au quotidien chez MB ?

Chez MB, le changement c’est maintenant et tout le temps. Un jour on te dit que tu es autonome, tu gères ton travail tout seul, le lendemain on te dit que tu as un leader (un mec qui te manage quoi), le lendemain tu changes de verticale (MB, Hero, Fraiches, Superbon), un jour tu es en flex-office l’autre non, on te fait miroiter un CDI pour finalement ne rien obtenir...

Comment qualifierais-tu le management de Maxime Barbier ?

Je pense vraiment que c’est un terrain de jeu pour Maxime Barbier, il adore les changements et faire du contenu sur notre dos. Il n’y qu’à regarder ses dailymax, c’est un moment de gênance extrême quand il te filme sans te demander ton accord.

 

 

Son rêve ultime est d’être Gary Vaynerchuk, seulement il n’en est qu’une mauvaise contrefaçon. Surtout, Maxime ne travaille plus chez MB, il vient juste coller des post it, lancer des tableaux Kanban et faire de la méditation en flex office.

Comment est-il perçu auprès de ses collaborateurs ?

Difficile de m’exprimer pour les autres, mais son badbuzz #balancetonporc a bien posé problème, même TF1 n’était pas content. La tension était palpable. On s’est tous réunis, l’équipe Fraîches était dans l’incertitude de leur existence même car certains annonceurs s’étaient rétractés. Certaines personnes de l’équipe ont douté de l’intégrité de Maxime Barbier, au point où ce dernier a fini par pleurer.

Quelle est la taille des équipes ?

En un an ils sont passés de trente à soixante-dix mais les limites commencent à se dessiner car depuis quelques temps il y a beaucoup de départs, de licenciements, de ruptures conventionnelles et de démissions.

Toi-même, tu as assisté à combien de départs ?

Il y a eu une dizaine de départs en l’espace d’un mois.

Le rachat de MB par TF1 a-t-il changé quoi que ce soit dans le quotidien des salariés ?

Cela a permis d’avoir de bons locaux et de la crédibilité auprès de certains annonceurs, mais il y a beaucoup de divergences de point de vue, notamment sur TF1 one, cette verticale news vouée à l’échec. Maxime Barbier n’a vraiment pas la côte chez TF1, heureusement que Laure rattrape le coup je pense, c’est une femme très discrète qui tient le navire.

Quelle est la politique interne de MB sur la production des contenus : disposez-vous d’une ligne éditoriale claire ? Pousse-t-on le collaborateur à produire un contenu à fort potentiel de buzz au détriment de sa qualité ?

Il n’y a pas vraiment de ligne éditoriale claire, si ce n’est de faire du copier-coller d’autres contenus. Au final, sur Internet tout le monde copie tout le monde. On a piqué pas mal de trucs à d’autres sites et inversement.

Pour conclure : recommanderais-tu cette société à un ami ?

Non.

 

Maxime, si tu lis cette interview, je t’en supplie : jette un oeil au Petit Guide à l’Usage des Managers Lean de Cécile Roche. Cela te permettra de comprendre ce qu’est le Lean Management et surtout ce que cela n’est pas - soit l’organisation actuelle de MB. Un manager, en lean, n’impose pas de nouvelles organisations, il met en place une culture de l’amélioration continue, il accompagne ses équipes afin qu’elles instaurent elles-mêmes de nouvelles façons de faire face à des difficultés, il passe du temps avec elles, il les soutient et s’intéresse à leur développement. Ensuite, je t’invite à prendre note des conseils de Dan Pink sur la motivation. C’est en responsabilisant les personnes, en leur donnant une finalité, en les rendant autonomes et en les poussant à être créatifs que tu pourras parler de bonheur au travail, pas en leur proposant des matinées pain au chocolat. Enfin, lis Isaac Getz. Une société libérée est une société où le manager est au service de ses employés, une société où la transparence, le consentement et l’intelligence collective sont des piliers du quotidien - l’inverse d’un espace basé sur le contrôle où le changement vient des dernières idées du PDG.