"Mon site est devenu un wall of fame de la connerie" - interview du créateur d'Impose ton anonymat

AUTEUR

Antoine LeMônstre

PUBLIÉ

Le

Tout amoureux des Internets qui se respecte dispose dans ses favoris d'un lien le menant vers Impose ton anonymat. Ce temple virtuel du mauvais goût, de l'absurde et de la connerie est une valeur refuge dès lors que l'on souhaite tuer son temps devant des photos incompréhensibles. Son auteur, Martin, n'est pas qu'un collectionneur de l'étrange. Il est aussi photographe et vidéaste. Il aime également réaliser des collages, eux aussi différents. Nous l'avons contacté par mail afin d'en savoir plus sur son site, sur ses œuvres et, plus globalement, sur ses influences.

 

Peux-tu nous expliquer ce que tu as voulu montrer avec Impose ton anonymat ? 
Sincèrement, à la base, rien du tout. C’était du fun et basta. Une collection de fails, c’est tout. Le concept est venu de lui-même finalement : tu montres des trucs stupides, ça fait rire. Mais quand tu en montres de plus en plus, que cette bêtise s’accumule, là ça devient inquiétant. Aujourd’hui, j’ai envie que ça ne s’arrête jamais. Et franchement, ça ne s’arrêtera jamais, c’est sûr. C’est devenu ça le principe d’ITA : une preuve que la connerie est sans fin. On existe depuis avril 2010. Aujourd’hui, on est à 12 000 articles.
 

Considères-tu le réel comme une sorte de matière première que tu peux utiliser à ta guise ?
Je vis dans le réel. Je m’en inspire pour développer des idées, donc fatalement oui, c’est ma matière première. J’ose imaginer que c’est celle de tout le monde sur Terre. Même l’irréel, fictif ou « représenté » disons, provient du réel, d’un réel, de celui de son auteur. C’est la base. Je crois… Putain, je me suis un peu perdu dans ta question là.


Utiliserais-tu une image gênante de quelqu’un que tu connais sur Impose ton anonymat ?
Je l’ai déjà fait une fois sur sa propre demande. Sinon, non, je ne le ferais pas. Je suis un gentil. Je déteste les haters. Je n’ai vraiment aucune raison de faire ça.
 

Où trouves-tu toutes ces photos… En ex-URSS ?
J’ai mes sources, j’ai mes sources… Cela fait maintenant six ans que je fais ça. J’en ai vu de la merde. Je suis passé par tel site, tel site, j’en ai vu se fermer avec le temps. Nous, on tient ! Mais franchement, je ne vais pas te révéler mes coins à champignons...
 

Quelqu’un s’est-il déjà plaint ?
Une fois, oui. Une fille m’a envoyé un mail en me disant qu’elle pensait qu’une photo où l’on voyait un sexe féminin rasé était celui d’une jeune fille, limite mineure... On ne voyait pas son visage. Mais ni une, ni deux, je n’ai pas cherché à retrouver la source de la photo pour lui prouver que c’était faux, ou pas. Je n’en savais rien, j’ai viré le post.

 


 

Et, au contraire, as-tu déjà eu des demandes de personnes qui voulaient figurer sur le site ? Ou sous forme de vengeance, par exemple ?
Tout le temps. Des mecs ivres en soirée, des profs à ridiculiser ou juste des types qui montrent leur bite. J’en publie 5% à tout casser, quand c’est bonne ambiance et assez débile. Mais le délire vengeance, ce n’est pas mon truc. C’est marrant qu’ITA soit devenu un peu un wall of fame de la connerie. C’est vraiment con, en fait.
 

Sur ton site perso, les collages pornos astucieux côtoient les photos shootées à l’appareil jetable, te sens-tu plus proche des réalistes comme Melchior Tersen ou des surréalistes ?
J’aime beaucoup ce que fait Melchior Tersen, mais je ne me sens ni proche de lui ni des surréalistes. Les artistes, les œuvres, je les aime, mais je ne m’en sens pas forcément « proche ». Si c’est une question sur les influences, ce que je trouve assez difficile à exprimer, je te dirais bien que les ressemblances et comparaisons ne m’intéressent pas. Je pense que je serais capable d’aimer deux fois la même œuvre parce qu’entre temps, je l’aurais oubliée… Je m’inspire d’un peu tout ce qui me fait un effet, dans le fond, la forme, de toute provenance, inconsciemment et surtout dans mon entourage, avec les partages et expériences de ma petite vie.

 

 


Ton clip pour Meteor présente une esthétique très proprette finalement. C’est voulu ou « imposé » ? Est-ce une nouvelle direction dans ton travail ?
J’explore. Je n’aime pas trop le principe d’avoir une patte. Pour ce projet-là, on s’était mis d’accord avec le groupe. Leur musique est propre, c’était cohérent que la vidéo le soit aussi. Mais à côté de ça, je n’en sais rien, j’adore l’esthétique de la cassette VHS, par exemple.


L’idée du kaléidoscope porno sur ce clip est à la fois frustrante et vertigineuse, ça t’est venu d’où cette trouvaille ?
À une crémaillère, mon frère Simon a offert un kaléidoscope à une amie. J’étais un peu ivre, j’ai adoré. Je me suis dit qu’il fallait utiliser cet effet. Il me restait plus qu’à trouver sur quoi l’appliquer. Je trouve que c’est compliqué aujourd’hui de faire de la vidéo. Il faut un certain budget, des moyens, une production. Mais une prod ne mettra des billes dans ton projet que si tu as un bon showreel, que tu as déjà fait tes preuves, donc que tu as déjà fait de la vidéo relativement intéressante, pour ne pas dire bankable. C’est le serpent qui se mange la queue. Sauf si tu es le fils de… Un autre débat… Bref, du coup, cette idée est toute conne. Tu n’as pas un rond pour shooter, mais tu as l’idée du kaléidoscope. On peut avoir quoi comme found footage ? Huuuum, sur le Net ? En HD ? Voilà. C’était trouvé. Ensuite, l’idée d’en montrer le moins possible grâce à l’effet, c’était la seconde couche du concept.


Serais-tu partisan d’un porno présenté différemment ?
Je crois que c’est déjà le cas aujourd’hui, nan ? C’est une industrie de dingue. Les mecs pondent nouvelle idée sur nouvelle idée. C’est fini le coup du plombier, du vendeur d’aspirateur. On fait même des pornos à l’Oculus. Il faut juste faire gaffe à ne pas dépasser les limites. Internet va beaucoup trop vite, se lasse trop vite, c’est assez flippant. Donc, je ne suis pas forcément pour. Mais en même temps, je m’en fiche totalement, le porno m’intéresse juste parce que je le détourne de temps en temps et que ça parle à tout le monde. C’est un peu facile hein.

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