Geeks partout, vrais gars nulle part

Geeks partout, vrais gars nulle part
AUTEUR

kevin

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Au collège je collectionnais les cartes Paninis, je jouais cinq heures non stop à Sonic le mercredi après-midi et j’enduisais de GAK les cheveux des meufs à la récréation. Je n’étais pas vraiment populaire. Beaucoup me prenaient pour une baltringue. Mais je m’en fichais. J’étais passionné de nouvelles technologies et de sciences. Je faisais des démos de mon Walkman auto-reverse avec ma cassette d’Offspring. Je tentais de me la raconter en ramenant à l’école une Game Gear à piles rechargeables que j’avais eue à mon anniversaire. Mais rien n’y faisait. J’étais toujours sélectionné en dernier lors de la constitution des équipes de foot. Il faut dire que j'étais asthmatique. Mais je m’en fichais. J’avais toute la collection d’Il était une fois la vie ainsi que la cassette de l’épisode de C’est pas sorcier expliquant ce qu’il se passe dans le corps humain lorsqu’un moustique nous pique.

J’étais le gentil garçon dont on se moquait facilement. On me disait « enlève tes lunettes » avant de m’en coller une. On m’appelait à la maison afin de savoir « c’est quoi déjà les devoirs pour demain ? ». Je répondais sagement avec un téléphone sans fil. SANS FIL. Le futur ! Je concluais chacun de mes déplacements au téléphone par « là tu vois je suis dans le garage et ça marche encore ».

Je portais des cols roulés. J’avais la coupe de Chris Waddle. Je n’avais aucune hype. Aucune meuf. J’étais, globalement, une sous-race.

 

"Si j’avais grandi dans les années 2010 j’aurais pu être le camarade de classe que tout le monde s’arrache"

 

Vingt ans plus tard, quand je parle de mon enfance on m’explique que j’étais un Geek. Seulement, à l’époque, on me surnommait plutôt « petit Tommy le gros PD ». Apparemment c’est cool désormais d’être une bite en sport et de passer plus de temps en compagnie d'une console que d'une jeune femme. Si j’avais grandi dans les années 2010 j’aurais pu être ce camarade de classe que tout le monde s’arrache. Seulement, dans les années 1990, je n’étais aux yeux de tous qu'un retardé mignon.

Un truc me chiffonne. En m'intéressant à ce que l'on entend par Geek j'ai l'impression qu'il y a une formidable méprise. Sur la définition même du mot, aucun soucis, je m'y reconnais entièrement. Seulement, en pratique, derrière ce terme fourre-tout se cachent des gars posant sur Instagram en train de jouer à Fifa avec les tags #geek et #nolife. Ces mecs ont vu deux fois Star Wars en V.O., portent un t-shirt Superman, suivent ces gros fils de putes voleurs de blagues de Le Geek C'est Chic et se prennent pour Sheldon Cooper. Ils donnent tout pour ressembler à un gérant de salle d’arcade. C’est pour moi une énorme énigme socio-culturelle. Comment, en singeant le loser que j’étais tout en n'étant absolument pas le raté que je fus, peuvent-ils être considérés aujourd’hui comme des mecs cools ? En quoi se donner l'apparence d'être socialement inapte est-il socialement valorisant ?

De plus, quitte à imiter, autant faire ça bien. Aucun d’eux n’est animé par une passion quelconque. Aucun d'eux ne s'intéresse à un sujet autre que les filtres Snapchat. Au lieu de ça on se tape des gros fragiles se revendiquant glutten free et buvant leur Chocopops dans un mug Game of Thrones. Déjà, GoT c’est bien de la chiasse en comparaison à ALF. Enfin, pas besoin de faire attention à ce que l’on mange, on a des petits soldats blancs dans notre ventre nous aidant à digérer. Messieurs, respectez-vous, respectez mon ancien moi, vous n'êtes en rien des geeks. Au mieux des poseurs.

Au final, les Geeks d’aujourd’hui sont les petites merdes de fils à papa d’hier et les Geeks d’hier sont les gros puceaux d’administrateur système d’aujourd’hui.

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