Patient zéro : le ti'pépère sauvage de Nouvelle-Guinée n'a pas disparu (plot twist : c'est toujours un bon toutou)

Patient zéro : le ti'pépère sauvage de Nouvelle-Guinée n'a pas disparu (plot twist : c'est toujours un bon toutou)
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La découverte récente d'un chien sauvage en Nouvelle-Guinée, ou plutôt sa redécouverte car on le croyait éteint, est d'un grand intérêt historique et scientifique. Il peut nous en apprendre beaucoup sur la coévolution avec l'Homme, la migration et l'implantation de ce dernier. Mais avant de parler de cette découverte, un petit retour en arrière s'impose.

 

Petit historique du toutou

 

Nos amis à quatre pattes que nous possédons aujourd'hui sont le fruit de ce qu'on appelle la sélection artificielle, une sorte de processus d'évolution guidé. La phylogénétique suggère une séparation de la lignée chien - loup il y a environ 100 000 ans mais rien n'indique que l'Homme y soit pour quelque chose. Les plus anciens restes de canidé différencié du loup remonteraient au Paléolithique, à l'époque où les humains étaient encore des chasseurs-cueilleurs; cependant une récente étude, via une modélisation 3D, révèle que le toutou qu'on connaît aujourd'hui ne date que de 12 000 ans. Avant cette période n'existaient que des loups domestiqués qui, en échange de nourriture et de protection, mettaient leurs talents de chasseurs au profit des populations nomades. Cette datation semble raisonnable vu que c'est pendant cette période, le Néolithique, que l'Homme s'est sédentarisé et, d'après une autre étude comparative du génome du chien et du loup, on apprend également que c'est la capacité de notre bichon à digérer l'amidon qui en a fait le compagnon de prédilection face aux loups.

Le début de la sédentarisation et l'aube de l'agriculture ont créé une nouvelle niche écologique : les déchets liés à l'exploitation agricole et ceux des humains convenaient mieux aux chiens qu'aux loups, qui restent des carnivore ne pouvant se rassasier des restes. De plus, notre ami canin possède des modifications neurologiques qui, en comparaison avec le loup, le rendent moins dangereux et plus social. Même si sa domestication remonte au Néolithique, elle dépasse largement celles des autres animaux domestiques comme le cochon ou les bovins. Depuis ce moment, l'Homme a sélectionné des traits particulièrement appréciables chez le chien pour en arriver aux différentes sous-espèces et races existant aujourd'hui. L'Homme élimine un chien trop dominant, fait croître les plus dociles, sélectionne ceux pleins d'énergie pour surveiller un troupeau et garde les calmes pour décorer l'appartement. 

 

Le chien sauvage de Nouvelle-Guinée et la recherche du chaînon manquant


 

Credit photo


La redécouverte du chien sauvage de Nouvelle-Guinée, que l'on croyait disparu depuis un demi-siècle, se révèle très intéressante. Simplement parce que c'est un chien non-domestiqué dans un environnement isolé, c'est un fossile vivant pour ainsi dire, un prototype du chien domestique car l'immense majorité des chiens sauvages actuels sont des anciens chiens domestiques. Les fossiles de la région suggèrent que son existence dans cette région remonte au moins à 6 000ans, arrivant probablement avec la seconde vague de peuplement d'Océanie. Étudier ce spécimen, surtout savoir qu'il existe encore et pouvoir le faire in vivo, ne signifie pas seulement répondre à des questions sur l'évolution du chien mais également à celles de la coévolution avec l'Homme, de l'impact de ce dernier sur l'environnement et de son implantation.

Notre ami à quatre pattes, de par sa présence millénaire à nos côtés, a également façonné notre monde. Observer et étudier des espèces anciennes mais encore vivantes nous permet d'apercevoir ce à quoi étaient confrontés nos ancêtres ainsi que l'environnement dans lequel ils évoluaient.
 

Protection de l'écosystème
 

Si ce chien sauvage a pu réapparaître, c'est grâce à son environnement isolé mais aussi grâce aux exigences gouvernementales de protection environnementale liées à l'exploitation des mines dans la région. 

En effet, les mineurs doivent parcourir environ 16 km pour se rendre sur le lieu d'excavation et n'ont pas le droit de contaminer le site avec des animaux domestiques. Ce type de mesure a permis de créer un havre de paix pour quelques individus.
 

La trace de l'homme


Néanmoins, l'Homme de par son ingéniosité a su modeler le monde selon ses besoins, la domestication et la sélection des espèces les plus performantes pour assurer son développement ont durablement changé le monde. Cela reste impressionnant de penser qu'en l'espace de quelques millénaires notre présence sur cette planète a permis de passer du chien sauvage de Nouvelle-Guinée au chihuahua. Une chose ne change pas cependant : ce sont tous de bons toutous.

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