"La nudité permet de dépasser les limites de la censure et de l'absurdité" interview du réalisateur Bill Zebub

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Michel

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Salut Bill, j'ai découvert ton univers sur YouTube via la bande annonce de Dickshark. Je me suis ensuite empressé de regarder ce que tu faisais. Comment définirais-tu ton travail ? Comme un mix entre Russ Meyer, Troma et John Waters ?

Dans ce que tu cites je n'ai vu que le travail de John Waters. Je pense n'être influencé par personne. Gamin j'ai beaucoup aimé Desperate Living ainsi que The Young One. Ces films sont bien plus drôles et créatifs que les grosses productions ciné ou télévisuelles. Cela m'a bien marqué. Pour décrire mon travail, je dirais que j'essaye d'offrir une alternative au cinéma traditionnel. Je ne copie personne. Ma liberté de réalisateur indépendant me permet de saisir ma chance. Je rate beaucoup de trucs mais au moins, je prends des risques.

Sur ton site on peut lire que tu ne t'intéresses ni à la célébrité, ni à l'argent. Tu penses qu'ils ont une quelconque influence sur ton travail ?

L'argent est indispensable si tu veux faire un film. Quand j'ai écrit le scénario de Zombiechrist, j'étais très sérieux, mais je suis rendu compte que ce que j'écrivais n'était pas en adéquation avec mes moyens. J'ai donc changé la trame du film pour en faire une comédie. Peut-être un jour j'aurais assez de fond pour le réaliser de la façon dont je l'ai d'abord imaginé. Ceci dit, cela peut s'appliquer à toutes mes sorties. L'absence d'argent affecte mes films seulement la vie est courte et je n'ai pas envie d'attendre d'avoir des moyens suffisants pour tourner. Je préfère avoir réalisé 70 films et avoir vécu en tant qu'artiste plutôt que de passer ma vie à rêver de ce que j'aurais pu faire.
 

"Tous les metteurs en scène ne demandent pas à une actrice de simuler une scène de viol avec une bite en forme de requin"
 

Que ce soit dans tes films ou dans ton fanzine The Grimoire of Exalted Deeds, on retrouve régulièrement des femmes nues. C'est ta signature ? 

C'est une bonne question. À mes débuts il n'y avait pas de nudité, tout a commencé comme une blague. Quand j'ai commencé à éditer mon magazine, j'ai parlé de mes idées blasphématoires à un pote artiste qui en a fait des dessins. Je lui avais demandé de représenter la vierge Marie en lingerie fine, j'avais alors suggéré aux lectrices d'envoyer des photos d'elles ainsi et, à ma grande surprise, j'ai reçu plein de clichés. Dans mes films cela a aussi débuté comme une blague et comme un moyen de repousser les limites, mais pas uniquement celles de la censure, celles également de l'absurdité. Si tu veux juste voir des femmes nues ou du sexe, va mater un porno. Il n'y a rien de spécial là-dedans. Mais tous les metteurs en scène ne demandent pas à une actrice de simuler une scène de viol avec une bite en forme de requin. Dans mon dernier film "Santa Claus: Serial Rapist", je voulais que les scènes de nudité soient vulgaires et obscènes. L'ère Victorienne était douloureuse, on devrait retenir de cela que les êtres humains ne sont pas des créatures exaltées. Pourquoi créer des statues de corps impossibles à avoir ? Pourquoi tourmenter les gens en leur imposant un idéal inatteignable ? Je préfère me concentrer sur la réalité des choses.

Tu as sorti un fanzine, tu réalises des films indépendants sans véritable budget... Ne serais-tu pas une sorte de punk du cinéma ?

Mes films ont un budget. Je ne demande pas aux gens de travailler gratuitement. Si tel était le cas, je n'aurais aucune légitimité à vendre ce que je fais. Même pour mon premier film "Metalheads" j'ai payé les actrices. Ce film était en quelque sorte un film-école et payer les actrices correspondait en quelque sorte au coût de mes études. Cela me permet en plus de respecter mon travail. Si je ne payais personne, ce serait un film fait-maison. Aussi surprenant que cela puisse paraître, mon premier film a eu un contrat de distribution.

Je ne suis pas punk. Je suis metal. Je préfère suivre la route du metal plutôt que de rêver à des trucs que je n'aurai jamais. Je ne sais vraiment pas si un jour j'arriverai à toucher une plus large audience.
 


2016 a été une année plutôt cool en sortie ciné et musique. As-tu un top des films et albums que tu as préférés ?

Je ne réfléchis pas vraiment comme ça. Tout dépend de mon humeur. Mon humeur a une influence sur ce que je vais aimer ou non. De plus je ne réfléchis pas en année. Si tu me demandes de dater des films que j'ai regardé, j'en serai incapable.

Personnellement, j'ai beaucoup aimé les films coréens The Stranger de Na Hong-jin et Mademoiselle de Park Chan-wook, tu en as pensé quoi d'eux ?

Je ne connais pas ces films. Autant j'adore la nourriture coréenne autant je ne connais absolument pas le cinéma coréen. Un fan m'avait filé le remake d'Oldboy que je ne voulais pas voir au début, car je n'aime pas Spike Lee. Mais il m'avait assuré que cela n'avait rien à voir avec ses réalisations précédentes et c'est vrai. J'ai adoré ce film tout en étant surpris que ce soit considéré une production mainstream aux U.S.A.

Quant aux albums metal, même si j'ai un magazine, je ne considère pas mes goûts comme faisant autorité. Je connais des chroniqueurs metal comme Thomas Pasquale qui sont capables de citer l'année de sortie de chaque album ainsi que le nom des musiciens. C'est vraiment pas mon truc. Quand j'écoute un morceau que j'aime bien, je ne pense pas au groupe qui l'a composé, je vais plutôt les imaginer en train de l'interpréter. En fait, c'est comme si une pièce de théâtre se déroulait dans ma tête, je peux aussi rêver que j'interprète Mercyful Fate de Melissa en écoutant le morceau. Ce lien entre musique et imaginaire m'a permis de découvrir de nouvelles choses dans certains morceaux.

Au final, un de mes meilleurs souvenirs en musique est d'avoir pu écouter en studio le remastering de l'album Abigail, pour lequel je devais écrire quelques mots accompagnant le DVD. J'ai pu m'assoir et écouter tous ces titres dans la meilleure qualité possible. J'ai vécu cela comme une récompense d'être celui que je suis. L'argent serait bien mais je préfère vivre ce type d'expérience. Dans mes derniers jours je devrai d'ailleurs me détacher de tous mes biens matériels.
 

"Dicknado sera aussi imprévisible que son sous-titre : vous ne sucez pas cette bite, c'est cette bite qui VOUS suce"
 

Tu as quoi comme projets pour 2017 ?

Tu vas être surpris d'apprendre que je ne prends pas de cocaïne car je travaille actuellement sur sept films dont trois sont des projets à long-terme. Il y a notamment le film Dicknado qui, dit comme ça, a l'air bête et vulgaire mais qui sera au final totalement absurde et aussi imprévisible que son sous-titre : "vous ne sucez pas cette bite, c'est cette bite qui VOUS suce". Il y a aussi le film Clowna Nostra qui se veut une critique de l'appartenance à des communautés ainsi qu'une réflexion sur pourquoi les jeunes paraissent toujours stupides aux yeux des anciennes générations. J'ai aussi envie de réaliser un film sur Frankenstein mais je dois pour cela surmonter quelques obstacles personnels.

billzebub.com

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