"Le basket, c’était mieux avant" interview du rédac chef de Bball Channel

Bonjour Mehdi, tu t’occupes de bballchannel.fr, un site qui diffuse du basket rétro, du coup de je te propose de débuter cette interview par quelques questions ‘passéistes’. Interrogé récemment par BasketUSA Dominique Wilkins a affirmé ceci : “La fin des années 80 et le début des années 90, c’était la belle époque. Plus jamais on ne reverra ça !” Même si j’ai du mal avec le discours de type “c’était mieux avant”, il faut reconnaître qu’il y a une certaine forme de basket de cette époque qui a disparu. Avec le changement régulier du règlement en faveur de l’attaque et une volonté de lisser le plus possible la ligue, j’ai l’impression que la NBA a perdu en intensité, en ‘ruguosité’ et en personnalité. Quel est ton avis là-dessus ?

Je rejoins totalement ton analyse et bien évidemment, comme le dit le natif de Paris Do Wilkins, on ne reverra jamais ça. Pendant cette période dorée, de nombreuses équipes possédaient une identité forte. On se souvient, entre autres, du jeu à la limite de la violence des Bad Boys de Detroit, du showtime des Lakers et bien sûr, de la puissance des Bulls de Jordan. À cette époque, même des équipes de seconde zone parvenaient à vendre du rêve, avec, en tête, les Hornets de Charlotte, composés d’un trio fabuleusement commercial : Muggsy Bogues, Zo Mourning et Larry Johnson aka Grand-mama et sa dent en or.

Les fans du monde entier pouvaient facilement s’identifier à un joueur. Dans chaque équipe, il y avait des joueurs à fort potentiel d’endoctrinement sportif. Il y en avait pour tous les goûts : Kemp & Payton, Stockton & Malone, Drexler, Barkley, Olajuwon, le Run TMC formé par Tim Hardaway, Mitch Richmond et Chris Mullin, et j’en passe. Et puis, tout un tas de belles histoires chez des joueurs moins dominants comme Muggsy Bogues et Manute Bol, respectivement plus petit et plus grand joueur de l’histoire de la grande ligue, ou Mahmud Abdul-Rauf, qui jouait à un bon niveau malgré son syndrome de la Tourette. Des forts caractères, du trashtalking, pas de dress-code. Tout était fait pour que sur les parquets, ça transpire la testostérone.

Et puis, la grande différence avec aujourd’hui, c’est certainement la rareté des matches et des infos. Pas d’Internet, ça signifiait alors sources d’infos exclusivement papier, un ou deux matches NBA par semaine grand max (merci Canal et Big George !). Du coup, on appréciait chaque minute de lecture, de vidéo. Et pour les grands malades, y avait la solution Pontel. Des matches de mauvaise qualité sur VHS venant tout droit des States. Le bonheur.

"Donc, oui, on peut l’écrire : le basket, c’était mieux avant ! Si par « avant » on désigne ce fameux cycle jordanien."

Pour moi, comme en histoire, il y a eu 5 périodes majeures :

- Le basket préhistorique, de la création du jeu par Naismith, à la création de la NBA.
- Le basket Antique : jusqu’à l’instauration de l’horloge des 24 secondes.
- Le basket Moyenâgeux : qui prend fin avec l’invention de la ligne à trois points.
- Le basket Moderne : période qui s’arrête à la participation de la Dream Team aux J.O. de Barcelone.
- Le basket contemporain : il se divise en deux périodes : le cycle Jordanien, jusqu’en 1998 (à Washington, ce n’est plus « The Real » Michael Jordan), suivi du cycle de la mondialisation, avec l’explosion de l’Internet et l’immigration massive de joueurs venant du monde entier pour 'envahir' la grande ligue.

Donc, oui, on peut l’écrire : le basket, c’était mieux avant ! Si par « avant » on désigne ce fameux cycle jordanien. C’était mieux avant parce que c’était le début du basket planétaire, c’était moins glamour et plus intense. Le basket vrai. Et c’était rare. C’était un basket un peu à l’opposé de ce qu’on connaît aujourd’hui. Actuellement, c’est plutôt la boulimie, l’overdose parfois. Sport+, Canal+, Beinsport et parfois France TV et L’Équipe 21 diffusent du basket. Si à cela on rajoute les matches disponibles en téléchargement sur le net, puis ceux visibles sur Youtube et enfin, la solution streaming, le fan de basket peut voir son sport préféré chaque jour. Et en y ajoutant tous les sites spécialisés, la plupart de très bonne qualité et tenus par des passionnés très souvent bénévoles, on atteint des sommets de consommation. Et pour les plus traditionnels (conservateurs ?) d’entre nous, il existe encore d’excellents magazines. La rareté, le manque pourrait-on dire, créait inévitablement un plaisir immense à la vue de nouvelles images basket, qu’elles soient télévisuelles ou couchées sur papier.

 

 

L’autre aspect qui me ‘chafouine’ également est lié au changement physique des joueurs. On a des types de plus en plus rapides, de plus en plus athlétiques. Des mecs comme Oliver Miller n’auraient absolument plus leur place en NBA maintenant, ce qui n’est pas forcément un mal tu me diras. Seulement le revers de la médaille c’est que les ‘big men’ sont maintenant plus vifs mais aussi plus adroits de loin, ils sont ainsi de plus en plus nombreux à s’écarter et ce au détriment du jeu intérieur, plus physique, plus technique. Je suis nostalgique des Olajuwon, Ewing, Robinson et compagnie et je suis assez déçu d’assister à une multiplication des équipes NBA jouant en small ball. Tu as un avis sur le sujet ?

Ces quelques pivots capables de s’éloigner du cercle dont tu parles représentent simplement une nouvelle arme offensive pour les coachs, une évolution « naturelle » des joueurs qui rappelle juste que le basket est avant tout un sport d’adresse. Mais il ne faut pas s’inquiéter, le pivot capable de défier un Reggie Miller, un Larry Bird ou un Craig Hodges au tir longue distance n’est pas encore né. Quant à la vivacité des Big men, pas sûr que les pivots actuels le soient plus que les anciens. A-t-on fait plus vif, plus rapide, plus technique qu’un Olajuwon ?

Ha non. Olajuwon c'est le soleil. Seulement, il ne s'écartait pas de la raquette, il tentait moins de dix 3 points par saison quant un Kevin Love en tente plus de 500 l'an passé. Sinon, y-a-t-il une décennie que tu préfères dans le basket américain ? Et dans le basket européen ? Et si oui, pourquoi ? Si tu devais ne retenir qu’un joueur par décennie, des années 60 à 2000, quel serait ton 5 majeur ?

Sans aucun doute, les années 90 ! Dans le basket US comme dans le basket européen. De superbes finales NBA, le titre européen du CSP, l’arrivée sur le marché français de plusieurs magazines spécialisés, qui viennent concurrencer le bien seul Maxi-basket, des cartes NBA trouvables chez le buraliste du coin (et en français !), des films cultes (À toi de jouer petit, les blancs ne savent pas sauter, He got game ou encore Space Jam) et bien sûr, la Dream Team. L’équipe ultime sur tous les plans (sportif, médiatique et commercial).

- Années 60 : Wilt Chamberlain, juste devant Bob Cousy.
- Années 70 : Julius Erving.
- Années 80 : Magic Johnson (mais comment balayer Larry Bird ? Dur…).
- Années 90 : Jordan, malgré tout.
- Années 2000 : Kobe. Même si j’ai un respect immense pour Tony Parker, d’abord, mais aussi pour Tim Duncan et le jeu des Spurs en général.

Parmi tous les anciens matchs que vous diffusez sur bballchannel, ou que tu as pu voir, y en a t-il un que tu préfères ? George Eddy affirme que le meilleur fut le USA - Espagne de 2008 aux JO de Pékin, je ne sais pas si vous l’avez dans votre stock mais penses-tu aussi que ce fut l’un des meilleurs matchs de l’histoire de ce sport ?

Il y a eu tout un tas de grands matches dans l’histoire du basket à la TV, et Big George n’en démord pas, pour lui c’est ce match de 2008 opposant les USA à l’Espagne en finale des J.O de Pékin. Excellent choix, effectivement. Et ça peut surprendre, mais non, je n’ai pas ce match dans ma collection privée. Moi, j’ai un rapport très sentimental avec le basket. Et plus qu’un grand match qui m’aurait marqué, c’était plutôt l’ensemble des finales NBA 1991, ma première finale vue à la télé et en direct, avec la confrontation entre les Lakers de Magic dont j’étais fan et les Bulls de Jordan, dont la planète entière était fan. Malgré la défaite de Los Angeles et le premier titre de MJ qui allait devenir ma bête noire, j’avais vécu mes premières grandes émotions basketballistiques. Sur le plan du jeu pur, je suis conscient qu’on a fait bien mieux depuis, mais à mes yeux, aucune rencontre ne sera aussi forte que celles de ces finales.
 


" Avec les dons ou prêts de collectionneurs généreux et passionnés, je pense approcher le millier de VHS"
 

Puisque l’on parle des matchs que vous diffusez, y en a t-il eu de particulièrement difficile à retrouver ? Des pièces rares que tu rêves d’obtenir ? Et tu as combien de VHS chez toi ?

Plus que des matches difficiles à trouver, je dirai qu’il y a des périodes plus creuses que d’autres en terme d’archives conservées. Les années 1990, c’est assez simple. Les magnétoscopes envahissaient les maisons, plusieurs chaines diffusaient du basket. Avant cette période, le basket était un sport confidentiel. Et peu de gens possédaient un magnétoscope. Et à partir des années 2000, avec la disparition progressive des magnétoscopes, les archives vidéos s’amenuisent, malgré l’arrivée de nouvelles technologies.

Concernant les pièces rares que je rêve d’obtenir, je pense que je peux cibler les finales NBA pré-Jordan et les All-Star Game français. Pour le reste, je pense désormais posséder une grande partie de ce qui a pu être diffusé à la TV. Quant au nombre de VHS, je suis tellement envahi de cassettes que j’ai du mal à connaître le nombre exact. Ma collection personnelle était déjà relativement importante, mais avec les dons ou prêts de collectionneurs généreux et passionnés, je pense approcher le millier de VHS. Faudra que je compte et que je liste tout ça un jour. Mais le temps me manque.

Retournons dans le présent. Suis-tu le basket d’aujourd’hui ?

Je suis la NBA, mais de loin. Un peu de saison régulière et c’est en playoffs que je me réveille. Je reste également supporter de l’ASVEL, que j’essaie d’aller soutenir le plus souvent possible (j’habite Grenoble). Mais aujourd’hui, le championnat le plus passionnant pour moi, c’est celui dans lequel évolue ma fille en poussines 1ère année. Malgré l’absence des commentaires de George Eddy, chaque match est un pur moment de bonheur. Finalement, j’aime le jeu, pratiqué à n’importe quel niveau, sur n’importe quel terrain.
 

Bballchannel - Bballchannel c'est aussi les rédacteurs Frank, Sandy et Charly.

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