"En NBA les jeux à mi-distance et dos au panier sont quasiment morts" interview d'Alain Mattei

Salut Alain ! Pour ceux ne te connaissant pas : tu es journaliste sportif spécialisé dans le sport américain, plus particulièrement la NBA, la NCAA et la NFL. Personnellement c’est à travers le Hoopcast, émission consacrée à la NBA que tu animes chaque semaine, que je t’ai connu. Je te contacte aujourd’hui pour parler avec toi de l’évolution de la NBA. Je suis cette ligue depuis bientôt 25 ans et j’ai noté pas mal de changements. Rassure-toi, je ne suis pas un passésiste de mauvaise foi comme Tracy McGrady, je ne considère pas la ligue moins forte qu’avant, juste différente. J’ai le sentiment qu’au fil des années la NBA devient de plus en plus une ligue d’athlètes. Les joueurs sont de plus en plus rapides, de plus en plus véloces, de plus en plus “fit”. Russel Westbrook, LeBron James, Blake Griffin sont autant d’athlètes incroyables que l’on ne voyait peu ou pas il y a vingt ou trente ans. Ils symbolisent l’évolution des techniques de musculation et de nutrition. Partages-tu ce ressenti et, si tel est le cas, quel est selon toi l’impact de cette évolution sur le jeu ?

C’est évident, mais ça ne se limite pas à la NBA. Dans tous les sports, les gars sont de plus en plus costauds, de mieux en mieux préparés. L’impact dans le basket, c’est que ça va plus vite, plus fort. Et cela réduit probablement un peu la diversité qu’il pouvait y avoir dans le jeu. Aujourd’hui, tu vas au cercle ou tu tires de loin, en gros. Les jeux à mi-distance et dos au panier sont quasiment morts. C’est à la fois un changement à cause de l’évolution des joueurs, mais aussi de la place des stats avancées. On cherche des shoots qui ont plus de valeur. Comme le tennis où les mecs jouent quasiment tous de la même manière, alors que dans les 90’s, tu avais des oppositions de style, des serveurs-volleyeurs...

Cette volonté pour les clubs de disposer de joueurs de plus en plus athlétiques se fait-elle au détriment de l’apprentissage de certains fondamentaux ?

Les Américains n’ont jamais vraiment été réputés pour leurs fondamentaux de toute manière. Et pour ce qui est de pourrir l’apprentissage, l’argent a bien aidé aussi. Il faut aller en NBA plus vite pour décrocher des millions. Les mecs qui dominent physiquement au lycée et à la fac arrivent en NBA après une année universitaire pour prendre les billets au plus vite, sans avoir eu à trop bosser. Tu ne peux pas leur en vouloir, c’est humain. Mais ils sont forcément moins complets que les joueurs comme Jordan, Magic et tous ceux qui passaient trois ou quatre ans à la fac. Du coup, ils continuent d’apprendre pendant leurs premières années chez les pros.

Existe-t-il encore aujourd’hui des joueurs NBA de moins de 25 ans qui se moquent de ce qu’ils mangent et ne sont pas des rats des salles de sport ? Le régime de Toni Kukoc est-il encore suivi par quelques-uns ?

Je pense qu’il ne faut pas trop idéaliser les habitudes des basketteurs quand même. Non seulement certains doivent encore aimer un peu la junk food, mais il y en a aussi qui n’ont rien contre un petit joint. Ils ne sont d’ailleurs pas contrôlés pendant l’intersaison. Les joueurs de NBA restent des gars qui sont majoritairement dans la vingtaine, donc beaucoup aiment faire la fête. Après, c’est sûr qu’ils sont plus surveillés que par le passé, même par leur employeur, et que les écarts pardonnent de moins en moins. Parce que les meilleurs, c’est sûr, bossent comme des fous. Quand tu affrontes un tank comme LeBron James, mieux vaut avoir bien dormi et ne pas avoir la gueule de bois.

 

 

Il y a bien encore des dinosaures d’un autre temps comme Dirk Nowitzki, un joueur lent avec une détente de poireau capable de tuer un match même à 38 ans passés. Penses-tu que l’on reverra des joueurs non athlétiques comme lui dominer la ligue ?

Quand on n’a pas le physique, il faut avoir la technique. Donc il va falloir être très bon de ce côté-là. Mais Dirk est presque une exception dans l’histoire récente. Jordan était en avance sur tout le monde à l’époque sur le plan physique. Wilt Chamberlain, Shaquille O’Neal… Beaucoup des grands étaient des monstres sur le plan physique. LeBron est l’exemple actuel. Il est hors-norme. Mais le contre-exemple, c’est Stephen Curry, ou même Kyrie Irving, qui ne sont pas des monstres, mais qui peuvent dominer. Donc ça restera possible, et heureusement.

Jouons un peu à Madame Irma : Penses-tu que des poids lourds comme Bryant Reeves ou Oliver Miller auraient une place en NBA aujourd’hui ?

Ce serait marrant sur le principe. Après je ne sais pas trop à quoi ils serviraient dans le jeu actuel.

A contrario, penses-tu que l’indien Satnam Singh Bhamara aurait pu trouver sa place dans un roster NBA dans les années 1980 ou 1990, époque où la NBA était plus lente ?

Si Shawn Bradley a eu sa chance, ce serait méchant de ne pas lui en donner une !

Penses-tu que les gros culs que sont Big Baby et Jared Sullinger arriveront à remettre un pied en NBA ?

Je ne sais pas mais les deux ont commencé à Boston. Je ne sais pas ce qu’ils mettent dans les assiettes là-bas, mais apparemment les autres devraient se méfier.

Pour toi, qui incarne le plus le basket moderne ?

Un pivot qui tire à 3 points. Joël Embiid par exemple. C'est un symbole.

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